Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 15:20

  

 

drive-nicolas-winding-refn.jpg

 

C’est l’histoire d’un mec hétéro-blanc qui jouit d’une position de force sur absolument tout ce qui l’entoure. Dénué de tout sentiment et de toute passion, il agit tel un robot, motivé par un code d’honneur supérieur et mystérieux: transmis de père en fils et d'homme à homme, il ordonne le partage du monde entre les mâles et légitime l'usage de la violence. Conducteur surdoué, notre héros maîtrise la route, la ville, l’espace et le temps. Il s’habille comme une pétasse et mâchonne constamment un truc parce qu’il n’a pas le droit de sucer les mecs avec qui il est tout le temps et qu’il admire, et qu’il envie aussi.

Il est invincible, il est lumineux, il est le Soleil.

 

 drive-de-nicolas-winding-refn-10462434sspdj.jpg

 

La mise en scène de Drive est sublime, mais ce qu’il met sublimement en scène pue intensément la merde. Driveest un spot léché et racé qui semble n’avoir rien d’autre à dire sur le monde et celui de ses personnages que la jouissance tranquille de pouvoir contrôler, par la simple possession d’une bite (d’une bagnole), l’ensemble des objets qui gravitent autour de soi – jusqu’à l’espace-temps même. Il paraît que « Sans maîtrise, la puissance n’est rien »,mais sans un monde à dominer, le dominant n’est rien non plus, rien de moins qu’un sac de peau troué. Une vulnérabilité que le film évacue in extremis, comme un vilain cauchemar de perdant, à travers un dernier plan iconique, 100% pétasse, lonesome cowboy, ou un truc du genre : Ryan Gosling qui ré-enfourche son monde straight, vertical et bétonné, l’autoroute américaine au bout de la bite. Drive est une pub viriliste hyper graphique dont l’argument de vente number one est le Droit Exclusif et Légitime de Contrôle conféré par l’appareillage de couilles. Sans oublier celui, très moderne, de pouvoir emprunter les codes gays tout en restant bien au top de classe et de la hiérarchie. Le blouson scorpion du héros est l’emblème explicite de cette récupération mainstream, superbe produit dérivé hétéro-beauf et pouffo-fiotte. Explicites, les ambitions du film le sont aussi, formulées en ces termes par Gosling : « c’est un film sur  un mec qui conduit » réalisé par « un mec qui a des couilles ». C’est ça. Un film sur un mec qui jouit sans entraves de son statut de dominant, réalisé par un dominant qui n’a aucun recul critique sur son statut. En résumé : la dernière chose que j’avais envie de voir au cinéma.

 

 

thewoman915.jpg 

 

C’est l’histoire d’un homme hétéro-blanc qui jouit d’une position de force sur absolument tout ce qui l’entoure. À commencer par ce qu’il possède avec le plus de légitimité : sa femme et ses enfants. Dénué de tout sentiment et agissant comme un nazi (= comme un père de famille), il ne souffre d’aucune entrave, d’aucune remise en cause, d’aucune protestation dans l’exercice absolu de son pouvoir. Il est avocat, républicain, il pratique la chasse. C’est, à peu de chose près, le Stan Smith d’American Dad.

 

art-the-woman_20110819135816893722-420x0.jpg


Or, il se trouve que dans la forêt qui borde la maison de cet homme vit une femme sauvage. C’est une force indomptable, en résistance, dont les formes cinématographiques sont celles abstraites et oniriques liées aux animaux, au vent, à la nature, à la nuit, à la musique rock, à la peau et au sexe. Le père de famille décide de capturer cette créature à fin de la dresser. Mais la Woman ignore tout des codes et des systèmes qui confèrent à son chasseur le privilège terrible de posséder et de découper son environnement. La Woman obéit à des codes secrets et à des règles puissantes, elle est l’ambassadrice malgré elle d’un système politique encore impensé et impensable, elle est l’agent victorieux d’un « possible impossible » : non pas un système de valeurs inversé, mais un système tout à fait autre (Hélène Rouch). Son monde est celui de la forêt et des loups, mais c’est aussi celui du sarcasme, de l’ironie, de l’humour noir, du cartoon et du blasphème, un monde où l’hyperviolence est celle des coups rendus et où les moyens d’action des opprimés sont toujours à la hauteur de l'oppression qu'ils subissent. Quand le père de famille viole la Woman, parce qu’elle est une femme, comme il viole sa fille et bat son épouse, parce qu’elles sont ses femmes, la Woman réplique en le démembrant sauvagement. Ce qui pousse les Inrocks à qualifier le film de conservateur : un propos de dominant qui flippe qu’on lui coupe ses petites couilles (ses petits privilèges).

The Woman est une fiction politique, celle de la puissance rendue aux moins-que-rien et de leur jouissance d’agir sans entraves. Mais c’est aussi un répertoire de formes sublimes, pour que nous puissions rêver à des mondes plus justes et plus funs.

 

the-woman.jpg 

"ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT, QUE TOUT GESTE EST RENVERSEMENT"

M. Wittig, Les Guérillères

 


Partager cet article

commentaires

Babbit 20/04/2012 09:51


Je ne suis pas d'accord pour Drive, et je pense que l'analyse que vous en avez est unemauvaise compréhension du film, et de son réalisateur. Certes, le film est extremement populaire (dans le
sens 'connu') parce que l'histoire semble accessible, voilà, l'histoire assez simple d'un mec puissant, viril, etc. Mais comme souvent, le film dépasse ce que la plupart des gens en comprennent.
en fait, Drive, c'est surtout l'histoire d'un mec qui a une vie complétement dénuée de sens, un mec qui cherche à se comporter en héros pour une fille, genre conte de fée. Le réal est un mec
malin, et je pense que tout est volontairement caricatural. Il ne faut pas prendre les choses au premier degré 

Antisexisme 21/11/2011 16:23


J'ai vu Drive et je suis du même vais que toi : mise en scène sublime, mais ce qui est filmé n'est pas si sublime :/ ...


Quant à The Woman je l'ai pas vu et je n'ai pas l'intention de le voir (peur que ce soit trop violent pour moi), mais je veux bien te croire


 

Durga 14/10/2011 13:51



Bon, puisque tu dis que The Woman est si bien que ça, je vais peut-ètre le voir finalement (surtout que je m'intéresse au cinéma bis en ce moment, ce sera l'occasion).



Hypathie 11/10/2011 15:25



Je suis globalement d'accord avec l'analyse du film ; la scène qui m'a paru le plus insupportable (à tel point que je suis restée scotchée à mon fauteuil là où j'aurais normalement dû aller
lacérer l'écran) c'est celle du peep show -ou de la maison de filles- tenue par la Mafia où, pendant que des mecs se faisaient larder de coups de couteau, des femmes dévêtues, les seins à l'air,
étaient complaisamment filmées immobiles en plans rapprochés et panoramiques par le metteur en scène. Cela m'a paru le comble de la pornographie bouchère. Si on ne change rien, je pense qu'on
peut vraiment se faire du souci pour l'avenir de notre espèce.



chantier / politique

 

Portrait1.jpg

Portrait2.jpg

Portrait5.jpg

Portrait6.jpg

tumblr_m3d9gqt04t1r84h26o1_500.jpg

tumblr_l2j1e8cRJT1qzp162o1_400.jpg

tumblrpic.jpg

 

 

  elodie petit

editions douteuses

 

 

letag.jpg

  Le Tag Parfait

Culture Porn

 

Contributions NSFW:

 

 

Boris: la revanche des Dudes

 

Jerky Girls: à l'épreuve du foutre

 

 

Lectures du Moment

 

 http://generationscience-fiction.hautetfort.com/images/medium_plaie.jpg

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41oVRWKkBJL.jpg

http://img1.imagesbn.com/p/9780231129664_p0_v1_s260x420.JPG

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41BYIFBWogL.jpg