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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 13:34

 

 


 

 

 

Interrogée le mois dernier sur la question du mariage gay, la députée UMP Brigitte Barégès s’était fendu d’un sublime « et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ».

Cette petite vanne ne m’avait pas choqué outre mesure. On reconnait la rhétorique conservatrice classique du « Et pourquoi pas pendant que vous y êtes ! »: ... et pourquoi pas le droit de vote des étrangers pendant que vous y êtes! ici décliné sur un registre homophobe parfaitement dégueulasse; Barégès bourrée au rosé un dimanche après-midi, ou quelque chose du genre. L'UMP nous en a offert un bon paquet, depuis.

 

Et puis, je n’ai pas trouvé de réponses spontanées satisfaisantes à la question : pourquoi pas des unions avec des animaux ? La réponse ne m’a absolument pas paru évidente. J’ai cherché quelques secondes puis je me suis retrouvé comme coincé tout nu dans une impasse intellectuelle, super EXCITÉ, l’imagination fourmillant d’éthiques inédites et futuristes, de mutations conjugales mythologiques, d’alliances bestiales et lapinoïdes, bref : J’ai eu la gaule. Et au travers de cette bonne grosse gaule politique, j’ai entraperçu une multitude de possibles, de 

Derrière la drôle de fable du Mariage des Animaux réside une question de démocratie fondamentale qui est celle de l’importance que l’on donne à certains types de relations et du statut social, légal ou symbolique qu’on décide de leur accorder.

Sous couvert d'humour, on s'attaque à tous ceux qui, parce que leur existence ne compte pas, font l’objet de blagues grossières qui non seulement les privent de leur force, mais diminuent aussi la profondeur des relations et des connections qu’ils établissent entre eux, qu’elles soient sentimentales, amoureuses, fraternelles, solidaires ou de compagnie.

 

 

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L'Antispécisme est un Socialisme : une dynamique collective contre les systèmes d'oppression

 

 

Faire se rencontrer la cause animale et la cause LGBT est un projet militant que l'on imagine difficilement germer en dehors des Etats-Unis, terreaux des expériences politiques par excellence, dans lequel on voit fleurir les intersections les plus inattendues – tout du moins le sont-elles pour nos esprits français, allaités au républicanisme. Cette abondance américaine de regroupements hybrides tels que la Gay/Straight Animal Rights Alliance ou les Vegans of Color vient nous rappeler la réticence d’un certain militantisme français à intégrer les idées de race et de genre à son discours, comme à reconnaître la pluralité des systèmes de domination et leur habileté à produire des hiérarchies parmi les êtres, à les maintenir et à les justifier. Il paraîtrait quelque peu irréel de voir en France un mouvement LGBT développer un discours antispéciste, quand une prise de conscience anti-raciste pêne déjà considérablement à voir le jour. Lors du colloque d’ouverture du Master Genre et Égalité à l’université de Lyon[1], une intervenante est venue rappeler la nécessité de compartimenter les luttes pour l’égalité et de distinguer les modes opératoires du sexisme de ceux de l’homophobie ou du racisme : un point de vue qui paraîtrait totalement insensé à un militant anglo-saxon et qui semble déjà d’un autre âge aux yeux d’une nouvelle génération d’activistes qui (re)découvre l’œuvre d’Angela Davis, traduite en français avec trente ans de retard[2] !

 

 

Mon point de vue sur la question du droit des animaux a été très récemment bouleversé. En fait, je pourrais parler d’une révolution totale de mes convictions. Je suis persuadé que Brigitte Bardot a fait un mal considérable à la défense de la cause animale et a sa diffusion en France: dans mon esprit, son personnage y était irrémédiablement associé, comme il l’était au racisme imbécile, à l’extrême droite et à la vulgarité. J’avais cette image d’un militantisme égoïste et émotionnel, germant dans le terreau d’une compassion brutale et frustrée pour l’animal. Je continue de penser que le militantisme de Brigitte Bardot se situe bien plus du côté des groupes facebook prônant le rétablissement de la peine de mort et de la torture pour les bourreaux d’animaux que de celui d’un antispécisme vegan, argumenté, courageux et légitime.

 

 

Je dois cette révolution personnelle – révolutionnaire au point de me conduire tout droit de l’Hippopotamus vers un végétarisme convaincu et absolument pas forcé – à la lecture d’arguments antispécistes féministes et antiracistes, qui m’ont amené à considérer la défense des non-humains comme un degrés de compréhension des mécanismes de pouvoir bien plus fin et avancé que ce à quoi je m’attendais.

J’aimerais émettre prudemment mais fermement l’hypothèse que l’antispécisme, sous certaines formes, représenterait un niveau de sensibilité aux rapports de forces bien plus exigeant qu’il n’y paraît, et qu’il constituerait une forme de socialisme extrêmement sensible et intransigeant, par lequel le vœux de voir toutes formes d’exploitation et de domination abolies s’exprimerait au nom de tous les Autres, où les idées de Nature et d’Ordre seraient systématiquement déjouées et où l’érection de frontières et d’oppositions asymétriques serait remise en question partout où on les trouve.

 

 

 

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No One Is Free When Others Are Oppressed : Queeriser la cause animale.

 

 

Connecter le féminisme à l’antispécisme n’est pas une idée neuve et se rencontre dans des courants de pensée divers (ce qui fera l’objet d’une seconde partie à cet article). En revanche, je n’avais jamais eu vent d’un mouvement antispéciste né au sein d’un mouvement LGBT : deux ou trois cliques sur google m’y ont bien évidemment conduit.

 

 

« Libération des animaux » et  « libération gay » sont deux formules rarement associées dans une même phrase. Pourtant, la libération des personnes gays et lesbiennes, et bien entendu la libération de chacun, dépend entièrement de la libération des animaux. Nous nous devons de comprendre cela, comme nous nous devons de comprendre la façon dont différentes formes de discrimination, comme le racisme ou le sexisme, sont interconnectées. »[3]

 


C’est ce qu’on peut lire sur le site de l’Alliance Gay/Straight for Animal Rights, qui semble hélas inactif depuis… 2002. Une trace d’antispécisme queerisé, sédimenté dans les méandres du web…

 

Plus récemment, voir très récemment, Jasmin Singer publiait cet article sur le chouette site The Scavenger : Gay Rights and Animal Rights : Intersection. Lesbienne, végétarienne et antispéciste, elle est la co-fondatrice du site Our Hen House qui rassemble du matériel intellectuel et militant à l’usage des défenseurs de la cause animale.

 

Singer met le doigt sur le déni d’humanité dont font l’objet les victimes de l’oppression, notamment les homosexuels, et le met en parallèle avec le déni de conscience propre, de désirs propres et de vie intérieure propre dont font l’objet les animaux à fin de justifier, par exemple, l’horreur à l’œuvre dans les fermes industrielles. On comprend alors qu’il est moins question ici de créer des analogies entre les souffrances ou des discours de compassion que de mettre à nu des mécanismes et des systèmes politiques qui fonctionnent souvent avec les mêmes rouages. L’enjeu de ce tressage d’affinités entre Gay Rights et Animal Rights est de multiplier les points d’actions et les stratégies possibles, en ouvrant les luttes à des militants qui ne se sentaient pas forcément concernés par certaines causes et de créer ainsi une véritable dynamique collective.

 


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Pour aller plus loin, un blog sans lequel je ne serais pas venu à toutes ces idées:

Hypathie - Blog Féministe et Anti-Spéciste

 



[1] http://sites.univ-lyon2.fr/egales/

[2] Women, race and class, publié pour la première fois en 1981, a fait l’objet d’une traduction française en 2007 seulement.

[3] "Animal liberation" and "gay liberation" are two phrases that are rarely heard in the same sentence. But, in fact, the liberation of gay and lesbian people, and indeed the liberation of all people, depends upon the liberation of animals. We must come to understand this, just as we must understand how different forms of bias against people, such as racism and sexism, are interconnected.

 

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Published by Marguerin - dans Chantiers Mutants
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