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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 23:51

Part One: Possession démoniaque au masculin

Part Two: Homo-exorcisme 

(...)

 

 

 

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  Ghostbusters (1984)

 

 

Le personnage de Louis Tully possédé par l’entité sumérienne Vinz Clorto dans SOS Fantôme est un bel exemple de possession masculine au cinéma. Poursuivi dans les rues de New York par ce qu’il identifie comme un très gros chien, Louis se retrouve pris au piège contre la vitrine d’un restaurant et s’abandonne à la bête en un hurlement. La « possession » a lieu hors-champ, nous laissant imaginer le pire. Le viol supposé du personnage tire son effet comique d’un trope culturel liant passivité masculine et virilité ridiculisée: Gare au Gorille, ou peu s’en faut. L’attention portée dans SOS Fantômes à un type de masculinité « défaite » n’est pas évidente au premier abord: elle est pourtant toute l’histoire du film. Son statut culte et ses multiples rediffusions n’auront pas vidé de sa bizarrerie l’une des apparitions les plus gender fucked up du cinéma des 80’s : celle de Gozer le Gozerien dans sa combinaison moulante tout en écume cosmique. 

 

 

 

 

Les héros d’SOS Fantômes sont des scientifiques qui semblent avoir résolu le conflit entre sciences blanches (physique, chimie, médecine) et sciences occultes (spiritisme, parapsychologie, magie noire). Dans leur laboratoire, ectoplasmes et possessions sont des phénomènes mesurables et quantifiables, énoncées en molécules, en ondes et en rayons. Dés les premières minutes du film, nous comprenons que les membres de cette équipe non-conventionnelle sont des hommes qui ont reconnu leur part occulte (=féminine) mais qui aspire à la domestiquer (« 1, 2,…Attrapons-la !! »). Pataud, binoclard, trouillard, ou vieillissant, les Ghostbusters sont tout sauf des archétypes masculins glorieux. Face à une Apocalypse pointant le bout de son nez, les scientifiques doivent résoudre l’énigme de deux sujets possédés : Sigourney Weaver et Rick Moranis, choix de casting assez incroyable, avec d’un coté une toute jeune icône féministe échappée d’Alien et de l’autre un archétype du nerd éternellement nouille. Deux pôles de féminité et de masculinité qui cristallisent un bouleversement des rapports de sexe propre aux early 80’s. L’Apocalypse du film, c’est aussi, un peu, celle qui pèse sur la Virilité et ses privilèges. 

 

 

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Avant qu'ils ne deviennent des héros, les Ghostbusters doivent affronter Gozer, un dieu sumérien parachuté dans notre dimension sous la forme d’une drag queen bowiesque. Ni homme ni femme, Gozer « prend la forme qu’il veut ». Le deuxième volet insistera sur ce lien entre Force du Mal et identité queer. Quand le personnage de Dan Aykroyd matérialise par la pensée un souvenir d’enfance (terrain traditionnellement associé au féminin) l’attendrissant Bibendum Chamalow, c’est pour  le faire fondre à coups de rayons laser. Bill Murray, le vrai héros du film, charlatan pathétique et faux don juan, est forcé d’admettre sa part occulte - ici sa part sentimentale - pour se transformer. A la fin, les possédés sont délivrés (drôle de scène d'accouchement depuis une carcasse de chien brûlée) et les prolos de la masculinité sont portés en triomphe comme les sauveurs de New York. Ils se seront accomplis en devenant ce qu’ils ne sont pas : des mauviettes (Louis Tully) ou des femmes (Danna Barrett), deux type de corps poreux propres à être envahis. Pas de trouble dans le genre ici, plutôt l’affirmation d’une masculinité "occulte", mais pas trop - un compromis trouvé entre les conflits sociaux.

 

 

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L'Aventure Intérieure (1987)

 


Sorti trois ans après Ghostbusters, le chef d’œuvre de Joe Dante est l’autre grand film fantastique des années 80 sur la virilité en crise forcée de se réinventer (avec Enemy Mine). Martin Short, génial à crever, y incarne un caissier de supermarché hypocondriaque et maladroit se retrouvant brutalement « possédé » par un pilote de chasse alcoolique et tête-brûlée interprété par Dennis Quaid. Ce dernier, miniaturisé à bord d’un engin submersible, est injecté par erreur dans le corps du caissier. Egaré dans ses entrailles, il décide de lui parler de l’intérieur par ondes radio. 

 

 

 

L’Aventure Intérieure est à ma connaissance la seule production de son époque à traiter l’envahissement du corps masculin avec tendresse et même une certaine joie. C’est aussi la plus intelligente, la plus riche en thématiques et la plus complexe en écriture. La possession de Jack Putter par Tuck Pendelton est une symbiose forcée racontée à la manière d'un buddy movie.

 

Le personnage de Meg Ryan nous met d’emblée sur la piste d’un film pas comme les autres. Journaliste, elle est la girlfriend du lieutenant Tuck, une femme indépendante, dynamique, intelligente, maniant les armes et les voitures de sports. Le personnage détonne grave.  

 

Autour de ce trio gravite une foule de personnages archétypaux et grotesques que les trois héros vont tour à tour devoir défaire, incarner, pulvériser voir digérer (littéralement). Dans le désordre : la Vamp, le Cow-Boy, le Terminator et le Génie Du Mal, un dandy sophistiqué entouré de caniches.

 

 

  Une des rares scènes empruntant directement au film de possession.

 

Tandis qu’il explore sa vulnérabilité et sa sentimentalité (L’Aventure Intérieure du titre) le lieutenant Tuck met sa virilité en partage et la transmet à Jack, en infusant littéralement en lui. Jusqu’à ce que le rapport d’échelle soit rétabli, et que les deux mecs se retrouvent comme des frères, égaux. Le personnage de Meg Ryan était-il requis par ce scénario de la virilité en crise ? Existe-t-elle uniquement pour hétéro-rectifier cette relation d’hyper-intimité entre deux hommes?  Il y a cette scène, clairement l’une des plus marquantes, où Tuck tombe nez à nez avec le fœtus de son futur enfant, après avoir basculé dans le corps de Lydia dans un tourbillon de salive. L’effet est ici saisissant, le romantisme joliment extra-terrestre, et le perso du lieutenant Tuck, ramené à une petitesse et une intimité bouleversante, trouve dans cette scène une forme de montée en grâce. A l'image d'SOS Fantôme, L'Aventure Intérieure est l'histoire d'un compromis trouvé entre deux pôles de masculinités - entre un excès et un trop peu. 

 

Son jeu permanent entre les corps, les échelles et les fonctions rend le film insaisissable et réellement original ; quant à l’espièglerie avec laquelle il égratigne les archétypes du cinéma traditionnel, c’est la marque d’un authentique pastiche (Joe Dante, grand auteur postmoderne), se jouant sans cesse des conventions masculines, en tirant des histoires, de la douceur et l’énergie d’une fête.  

 


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commentaires

Elton John 02/10/2013 22:22


Très bon article. En cherchant des choses sur cette fameuse virilité en crise je suis tombé là-dessus, jette un oeil :


http://envoiladesparolesviriles.blogspot.fr/


encore un exemple du conventionnisme normatif totalitaire.

Marguerin 03/10/2013 02:00



j'ai jetté un oeil et je crois que ça suffira comme ça, merci, aurevoir.



chantier / politique

 

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