Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 15:20

  

 

drive-nicolas-winding-refn.jpg

 

C’est l’histoire d’un mec hétéro-blanc qui jouit d’une position de force sur absolument tout ce qui l’entoure. Dénué de tout sentiment et de toute passion, il agit tel un robot, motivé par un code d’honneur supérieur et mystérieux: transmis de père en fils et d'homme à homme, il ordonne le partage du monde entre les mâles et légitime l'usage de la violence. Conducteur surdoué, notre héros maîtrise la route, la ville, l’espace et le temps. Il s’habille comme une pétasse et mâchonne constamment un truc parce qu’il n’a pas le droit de sucer les mecs avec qui il est tout le temps et qu’il admire, et qu’il envie aussi.

Il est invincible, il est lumineux, il est le Soleil.

 

 drive-de-nicolas-winding-refn-10462434sspdj.jpg

 

La mise en scène de Drive est sublime, mais ce qu’il met sublimement en scène pue intensément la merde. Driveest un spot léché et racé qui semble n’avoir rien d’autre à dire sur le monde et celui de ses personnages que la jouissance tranquille de pouvoir contrôler, par la simple possession d’une bite (d’une bagnole), l’ensemble des objets qui gravitent autour de soi – jusqu’à l’espace-temps même. Il paraît que « Sans maîtrise, la puissance n’est rien »,mais sans un monde à dominer, le dominant n’est rien non plus, rien de moins qu’un sac de peau troué. Une vulnérabilité que le film évacue in extremis, comme un vilain cauchemar de perdant, à travers un dernier plan iconique, 100% pétasse, lonesome cowboy, ou un truc du genre : Ryan Gosling qui ré-enfourche son monde straight, vertical et bétonné, l’autoroute américaine au bout de la bite. Drive est une pub viriliste hyper graphique dont l’argument de vente number one est le Droit Exclusif et Légitime de Contrôle conféré par l’appareillage de couilles. Sans oublier celui, très moderne, de pouvoir emprunter les codes gays tout en restant bien au top de classe et de la hiérarchie. Le blouson scorpion du héros est l’emblème explicite de cette récupération mainstream, superbe produit dérivé hétéro-beauf et pouffo-fiotte. Explicites, les ambitions du film le sont aussi, formulées en ces termes par Gosling : « c’est un film sur  un mec qui conduit » réalisé par « un mec qui a des couilles ». C’est ça. Un film sur un mec qui jouit sans entraves de son statut de dominant, réalisé par un dominant qui n’a aucun recul critique sur son statut. En résumé : la dernière chose que j’avais envie de voir au cinéma.

 

 

thewoman915.jpg 

 

C’est l’histoire d’un homme hétéro-blanc qui jouit d’une position de force sur absolument tout ce qui l’entoure. À commencer par ce qu’il possède avec le plus de légitimité : sa femme et ses enfants. Dénué de tout sentiment et agissant comme un nazi (= comme un père de famille), il ne souffre d’aucune entrave, d’aucune remise en cause, d’aucune protestation dans l’exercice absolu de son pouvoir. Il est avocat, républicain, il pratique la chasse. C’est, à peu de chose près, le Stan Smith d’American Dad.

 

art-the-woman_20110819135816893722-420x0.jpg


Or, il se trouve que dans la forêt qui borde la maison de cet homme vit une femme sauvage. C’est une force indomptable, en résistance, dont les formes cinématographiques sont celles abstraites et oniriques liées aux animaux, au vent, à la nature, à la nuit, à la musique rock, à la peau et au sexe. Le père de famille décide de capturer cette créature à fin de la dresser. Mais la Woman ignore tout des codes et des systèmes qui confèrent à son chasseur le privilège terrible de posséder et de découper son environnement. La Woman obéit à des codes secrets et à des règles puissantes, elle est l’ambassadrice malgré elle d’un système politique encore impensé et impensable, elle est l’agent victorieux d’un « possible impossible » : non pas un système de valeurs inversé, mais un système tout à fait autre (Hélène Rouch). Son monde est celui de la forêt et des loups, mais c’est aussi celui du sarcasme, de l’ironie, de l’humour noir, du cartoon et du blasphème, un monde où l’hyperviolence est celle des coups rendus et où les moyens d’action des opprimés sont toujours à la hauteur de l'oppression qu'ils subissent. Quand le père de famille viole la Woman, parce qu’elle est une femme, comme il viole sa fille et bat son épouse, parce qu’elles sont ses femmes, la Woman réplique en le démembrant sauvagement. Ce qui pousse les Inrocks à qualifier le film de conservateur : un propos de dominant qui flippe qu’on lui coupe ses petites couilles (ses petits privilèges).

The Woman est une fiction politique, celle de la puissance rendue aux moins-que-rien et de leur jouissance d’agir sans entraves. Mais c’est aussi un répertoire de formes sublimes, pour que nous puissions rêver à des mondes plus justes et plus funs.

 

the-woman.jpg 

"ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT, QUE TOUT GESTE EST RENVERSEMENT"

M. Wittig, Les Guérillères

 


Repost 0
13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 13:34

 

 


 

 

 

Interrogée le mois dernier sur la question du mariage gay, la députée UMP Brigitte Barégès s’était fendu d’un sublime « et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ».

Cette petite vanne ne m’avait pas choqué outre mesure. On reconnait la rhétorique conservatrice classique du « Et pourquoi pas pendant que vous y êtes ! »: ... et pourquoi pas le droit de vote des étrangers pendant que vous y êtes! ici décliné sur un registre homophobe parfaitement dégueulasse; Barégès bourrée au rosé un dimanche après-midi, ou quelque chose du genre. L'UMP nous en a offert un bon paquet, depuis.

 

Et puis, je n’ai pas trouvé de réponses spontanées satisfaisantes à la question : pourquoi pas des unions avec des animaux ? La réponse ne m’a absolument pas paru évidente. J’ai cherché quelques secondes puis je me suis retrouvé comme coincé tout nu dans une impasse intellectuelle, super EXCITÉ, l’imagination fourmillant d’éthiques inédites et futuristes, de mutations conjugales mythologiques, d’alliances bestiales et lapinoïdes, bref : J’ai eu la gaule. Et au travers de cette bonne grosse gaule politique, j’ai entraperçu une multitude de possibles, de 

Derrière la drôle de fable du Mariage des Animaux réside une question de démocratie fondamentale qui est celle de l’importance que l’on donne à certains types de relations et du statut social, légal ou symbolique qu’on décide de leur accorder.

Sous couvert d'humour, on s'attaque à tous ceux qui, parce que leur existence ne compte pas, font l’objet de blagues grossières qui non seulement les privent de leur force, mais diminuent aussi la profondeur des relations et des connections qu’ils établissent entre eux, qu’elles soient sentimentales, amoureuses, fraternelles, solidaires ou de compagnie.

 

 

speciesism.jpg

 

 

 

L'Antispécisme est un Socialisme : une dynamique collective contre les systèmes d'oppression

 

 

Faire se rencontrer la cause animale et la cause LGBT est un projet militant que l'on imagine difficilement germer en dehors des Etats-Unis, terreaux des expériences politiques par excellence, dans lequel on voit fleurir les intersections les plus inattendues – tout du moins le sont-elles pour nos esprits français, allaités au républicanisme. Cette abondance américaine de regroupements hybrides tels que la Gay/Straight Animal Rights Alliance ou les Vegans of Color vient nous rappeler la réticence d’un certain militantisme français à intégrer les idées de race et de genre à son discours, comme à reconnaître la pluralité des systèmes de domination et leur habileté à produire des hiérarchies parmi les êtres, à les maintenir et à les justifier. Il paraîtrait quelque peu irréel de voir en France un mouvement LGBT développer un discours antispéciste, quand une prise de conscience anti-raciste pêne déjà considérablement à voir le jour. Lors du colloque d’ouverture du Master Genre et Égalité à l’université de Lyon[1], une intervenante est venue rappeler la nécessité de compartimenter les luttes pour l’égalité et de distinguer les modes opératoires du sexisme de ceux de l’homophobie ou du racisme : un point de vue qui paraîtrait totalement insensé à un militant anglo-saxon et qui semble déjà d’un autre âge aux yeux d’une nouvelle génération d’activistes qui (re)découvre l’œuvre d’Angela Davis, traduite en français avec trente ans de retard[2] !

 

 

Mon point de vue sur la question du droit des animaux a été très récemment bouleversé. En fait, je pourrais parler d’une révolution totale de mes convictions. Je suis persuadé que Brigitte Bardot a fait un mal considérable à la défense de la cause animale et a sa diffusion en France: dans mon esprit, son personnage y était irrémédiablement associé, comme il l’était au racisme imbécile, à l’extrême droite et à la vulgarité. J’avais cette image d’un militantisme égoïste et émotionnel, germant dans le terreau d’une compassion brutale et frustrée pour l’animal. Je continue de penser que le militantisme de Brigitte Bardot se situe bien plus du côté des groupes facebook prônant le rétablissement de la peine de mort et de la torture pour les bourreaux d’animaux que de celui d’un antispécisme vegan, argumenté, courageux et légitime.

 

 

Je dois cette révolution personnelle – révolutionnaire au point de me conduire tout droit de l’Hippopotamus vers un végétarisme convaincu et absolument pas forcé – à la lecture d’arguments antispécistes féministes et antiracistes, qui m’ont amené à considérer la défense des non-humains comme un degrés de compréhension des mécanismes de pouvoir bien plus fin et avancé que ce à quoi je m’attendais.

J’aimerais émettre prudemment mais fermement l’hypothèse que l’antispécisme, sous certaines formes, représenterait un niveau de sensibilité aux rapports de forces bien plus exigeant qu’il n’y paraît, et qu’il constituerait une forme de socialisme extrêmement sensible et intransigeant, par lequel le vœux de voir toutes formes d’exploitation et de domination abolies s’exprimerait au nom de tous les Autres, où les idées de Nature et d’Ordre seraient systématiquement déjouées et où l’érection de frontières et d’oppositions asymétriques serait remise en question partout où on les trouve.

 

 

 

queering2

 

 

 

No One Is Free When Others Are Oppressed : Queeriser la cause animale.

 

 

Connecter le féminisme à l’antispécisme n’est pas une idée neuve et se rencontre dans des courants de pensée divers (ce qui fera l’objet d’une seconde partie à cet article). En revanche, je n’avais jamais eu vent d’un mouvement antispéciste né au sein d’un mouvement LGBT : deux ou trois cliques sur google m’y ont bien évidemment conduit.

 

 

« Libération des animaux » et  « libération gay » sont deux formules rarement associées dans une même phrase. Pourtant, la libération des personnes gays et lesbiennes, et bien entendu la libération de chacun, dépend entièrement de la libération des animaux. Nous nous devons de comprendre cela, comme nous nous devons de comprendre la façon dont différentes formes de discrimination, comme le racisme ou le sexisme, sont interconnectées. »[3]

 


C’est ce qu’on peut lire sur le site de l’Alliance Gay/Straight for Animal Rights, qui semble hélas inactif depuis… 2002. Une trace d’antispécisme queerisé, sédimenté dans les méandres du web…

 

Plus récemment, voir très récemment, Jasmin Singer publiait cet article sur le chouette site The Scavenger : Gay Rights and Animal Rights : Intersection. Lesbienne, végétarienne et antispéciste, elle est la co-fondatrice du site Our Hen House qui rassemble du matériel intellectuel et militant à l’usage des défenseurs de la cause animale.

 

Singer met le doigt sur le déni d’humanité dont font l’objet les victimes de l’oppression, notamment les homosexuels, et le met en parallèle avec le déni de conscience propre, de désirs propres et de vie intérieure propre dont font l’objet les animaux à fin de justifier, par exemple, l’horreur à l’œuvre dans les fermes industrielles. On comprend alors qu’il est moins question ici de créer des analogies entre les souffrances ou des discours de compassion que de mettre à nu des mécanismes et des systèmes politiques qui fonctionnent souvent avec les mêmes rouages. L’enjeu de ce tressage d’affinités entre Gay Rights et Animal Rights est de multiplier les points d’actions et les stratégies possibles, en ouvrant les luttes à des militants qui ne se sentaient pas forcément concernés par certaines causes et de créer ainsi une véritable dynamique collective.

 


 logo2.gif

 

 

 


 

 

 

 


Pour aller plus loin, un blog sans lequel je ne serais pas venu à toutes ces idées:

Hypathie - Blog Féministe et Anti-Spéciste

 



[1] http://sites.univ-lyon2.fr/egales/

[2] Women, race and class, publié pour la première fois en 1981, a fait l’objet d’une traduction française en 2007 seulement.

[3] "Animal liberation" and "gay liberation" are two phrases that are rarely heard in the same sentence. But, in fact, the liberation of gay and lesbian people, and indeed the liberation of all people, depends upon the liberation of animals. We must come to understand this, just as we must understand how different forms of bias against people, such as racism and sexism, are interconnected.

 

Repost 0
Published by Marguerin - dans Chantiers Mutants
commenter cet article
24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 17:33

 

 

Ce matin-là j’ai choisi mes fringues avec une attention particulière : j’avais envie de ressembler à quelque chose, quelque chose de cool, la journée était importante.

 

 

 

Jamie-Reid-The-Sex-Pistols-God-Save-the-Queen-poster-per-di.jpg

 

 

 

C’est le matin du Royal Wedding : je me réveille avec au ventre ce craquement merdeux des matins d’anniversaire. Excitation. Je sors du pieu à 8h, je réveille Camille, on se brosse, on est contents comme des gamins. Je m’habille en écolier anglais : c'est mon plan pour en mettre plein la vue, sur ce grand podium qu'est Central London. Chaussettes mi-mollets et short mi-cuisses dans lequel je rentre une chemise bleue à l’odeur de gymnase étouffante. Je referme mon short à fond :  j’arrive plus à respirer, j’imagine mon cul parfaitement moulé et offert de l’autre coté. Je parfais la panoplie avec une cravate bordeaux trop canon, une pipe est brodée dessus à la main, je me dis SA PLACE EST DANS UN MUSÉE ! et j’asperge le tout de parfum. 

 

 

Café. Kiwi. Je prends mon passeport, mon caméscope, on achète 6 bières sur la route et on file

sauf que

Nous n’allons pas au Royal Wedding. Se ruer, suants et foutus, contre des barrières publiques, à l’affût d’un bout de carrosse, tout cela ne fait absolument pas partie de nos plans. Nos plans sont tout autre. Comme à chaque fois, si nous nous avançons dans la ville, c’est avec l’envie méchante et brutale de TOUT FAIRE PÉTER.

 

 

J’avais découvert l’existence du mouvement  Queer Resistance quelques semaines plus tôt. Il a fallu que je google « queer+london » et que je passe une heure à éplucher les résultats, pour enfin tomber sur ce qui me semblait être l’un de ces mouvements anarcho-queer bien vénères, un bon vieux Pink Block digne de ce nom. J’ai commencé à les suivre sur Facebook et Twitter, les mecs semblaient très actifs, bien motivés, bien organisés. Croustilla alors en moi l’idée folle de mettre la main sur l’un de ces magnifiques punks gays londoniens, moulés dans 20 kilos de cuir troués, de colle à bois capillaire et d’épingles à nourrice fluo.Je l’aurais pris par la main, je l’aurais emmené boire des Foster le long de la Tamise, il m’aurait susurré du Bakounine, je lui aurais murmuré du Butler, puis, entre deux pipes bien violente, nous aurions fomenté la destruction absolue de l’hétéro-patriarcat et du capitalisme straight. C’est que j’étais pas venu à Londres pour tremper des biscuits dans du Earl Grey !!

 

Le rendez-vous était donné à Soho Square, à 10h. Différentes organisations avaient répondu à l’appel, pas mal de personnalités de gauches, des bloggers, des universitaires, des activistes, des gens concernés par les réformes d’austérité.Des happenings insolents étaient prévus, entre autres : l’édification d’une guillotine grandeur nature en carton, une orgie monarco-décadente déguisée, un flashmob de zombie et un pique-nique. J’imaginais un rassemblement festif et pacifique autour d’un méchoui, ce genre de sauterie syndicale avec slogans, trublions déguisés et canettes de cidre. Des gens qui discuteraient, qui échangeraient des idées, qui parleraient de ce que ça leur fait d’avoir la gueule piétinée par un gouvernement dénué de toute morale, de tout remords.

 

C'était sans compter sur la perspicacité de la police anglaise, qui la veille de ce rassemblement est allé arrêter chez eux les leaders de ces happenings: les administrateurs des évènements facebook, des figures très populaires de la gauche alternative anglaise. Les vidéos des arrestations ont circulé immédiatement. Avec un slogan de circonstance : « PRE-CRIME ! PRE-CRIME ! ».

 

 

 

 

 

 

(Arrestation de Charlie Veitch filmé par sa girl friend)

 


 

Des arrestations préventives aux motifs nébuleux, « intention de troubler l’ordre public », « intention d’organiser du théâtre de rue sans autorisation ». À ma connaissance, du jamais vu au sein d’une prétendue démocratie européenne.  Les autorités sont à cran à cause du mariage, le risque d’attentat est à son maximum. Et comme à chaque fois où l’état butte contre sa propre marche de manœuvre, comme pour l’immigration, comme pour la liberté d’expression, le spectre du terrorisme tombe à pic et liquide sans retenue les citoyens de leurs voix, de leur force et de leurs droits fondamentaux. Organiser des manifestations anti-cuts le jour du royal wedding, c’est profiter de l’énorme présence médiatique, mais c’est aussi nager à contre courant d’un véritable mur d’eau, à l’heure où le pays tout entier s’arrête de réfléchir pour ne vivre que dans la célébration des rois.

 

 

Il n’y aura personne ce matin-là à Soho Square.

Des nanas viendront bouffer quelques fraises dans l’herbe avant d’aller rejoindre leurs amis dans un pub et regarder les festivités sur un écran géant.

Des couples gays habillés chez Abercrombie viendront faire chier leur chien microscopique sur la pelouse, et des familles françaises de South Kessington trouveront le temps de faire gambader leurs mioches avant d’aller bruncher bio.

Il n’y aura personne ce matin-là à Soho Square. Personne ou presque. Je suis d’une cruauté inimaginable en disant ça. Cruel, vis-à-vis de ces militants qui étaient bien là, une petite trentaine, étranglée par un cardon de soixante flics en gilets jaune poussin et aux méthodes staliniennes (intimidation, arrestations arbitraires). Ce qu’on a vu ce matin tenait de la catastrophe démocratique, du cauchemar militant.

 

 

On arrive un peu en retard avec Camille, on a du mal à se repérer dans Soho, les travaux innombrables niquent tout repères, arrivés sur la place on déchante : un mec habillé en personnage de Sacré Graal avec une passoire sur la tête harangue une troupe de six néo-punks dont la moitié, encagoulés, traînent sans convictions une banderole défaite. Ils sont sept manifestants. Peut-être neuf ou dix aux alentours de 11h. J’apprendrai plus tard que non contente d’avoir arrêté les leaders, la police s’est également afférée à confisquer tout le matériel de manif, mégaphones, banderoles, et cette fameuse guillotine ; tout ce qui a pu être planqué dans les squats et chez les activistes. De l’autre côté du parc, totalement isolée du groupe de militants anti-monarchie, une famille déguisée en croquemorts – un couple et deux bambins – répondent à des journalistes de la radio, le visage peinturluré en vert façon Wicked. C’est ça le flashmob zombie ?? Je commence à ressentir de la tristesse et une sorte d'impuissance, quelque chose de cassé.

On reste là un moment, plantés, silencieux, à réfléchir.

Tout à coup les gens s’agitent, deux skinheads trapus en bombers déboulent en trombe de derrière un buisson, ils choppent un des activistes, un pour chaque bras, le mec n’a pas le temps de crier, il n’a pas le temps de se débattre, les skins l’emmènent : en même pas vingt secondes, ils ont tous les trois disparu. Des flics en civil. Ambiance. Le face à face asymétrique entre activistes et policiers commence à sentir le cramé. On n’est pas super à l’aise avec Camille, je tâte mon passeport dans ma poche comme si c’était un gun, on a peur que les flics encerclent le parc (c’est déjà le cas) en fait on a peur de se retrouver au poste : là où la moitié des manifestants finira aujourd’hui.

 

 

 

e2701fda3d55079495a6783b8dcb1d83dc71957d

(le fly du flashmob zombie)

 

 

 

On décide d’aller racheter quelques canettes en attendant que ça se tasse.

On déambule un peu. Au milieu des touristes. On ne respire pas mieux pour autant. Quelques beaux gosses me matent. J’ouvre une canette, je flippe trop après l’avoir ouvert, je ne sais plus qui du terroriste ou du terrorisé je porte la casquette.

 

 

Quarante-cinq minutes plus tard, on revient à Soho Square. Le cordon de flic s’est dilaté, ils observent de loin, bras croisés. Un nouveau groupe a fait son apparition sur la pelouse. Queer Resistance ! Je me dis WESH ! , on s’assoit pas trop loin pour les mater, j’irai discuter avec eux si je me sens d’y aller, je bois de la bière pour me sentir d’y aller.

Ils sont une petite douzaine, pique-niquant au flan d’un étendard Rose et Noir. Il a des punks, des transgenres, des handicapés moteurs. La plus part sont très jeunes, dans les 18 ans. Deux lesbiennes excentriques échappées d'un swinging London folklorique président la scène avec cet air refait d’anciennes combattantes du patriarcat. La Grande Classe.

 

Tout le monde se maquille en zombie, l'ambiance est studieuse, vraiment cool.

 

Je chope le regard d'un jeune mec barbu avec une saccoche en cuir. Il vient nous parler, on discute des arrestations d'hier, des manifs prévues aujourd'hui, il a les yeux vert comme un cul. Je l'imagine étudiant en journalisme, je l'imagine marxiste, je l'imagine au bout de ma bite. Il repart prendre quelques photos, je suis amoureux et excité, envole-toi petit renard barbu!!

 

À l’autre bout du parc, le chevalier à passoire est toujours là avec son mégaphone. Un accrochage a lieu entre les anti-cuts et des royalistes, je ne comprends pas tout ce qui se dit. On reste un peu à l’écart de tout. Comme depuis notre arrivée en Angleterre. On vit ici, à l’intérieur, on existe dedans, mais toujours un peu dehors. Difficile. Être un étranger est une expérience que je n’ai pas aimé. J’ai toujours ressentit une certaine reconnaissance polie, mêlée à une illégitimité absolue d’ouvrir ma gueule.

 

La question ne se pose plus quand je vois débarquer dans le square deux ados déguisés en Sans-Culottes. Ils ont toute la panoplie, ils sont magnifiques, hauts comme trois pommes, plutôt mignons dans le genre porteurs de l’anneau, la cocarde rutilante, je me jette sur eux, « I LOVE your style HA HA!! » « Oh you’re french, of course, you understand us (ou quelque chose du genre) » je les AIME trop, ils veulent décapiter la reine. BRAVO ! Je papote. J’apprends que les maisons de retraites ferment, qu’on fout les vieux dehors, à la rue. Ils me disent ça avec une candeur et une impuissance douloureuse j’ai envie de les embrasser, de leur dire qu’ils sont mes héros, que je les admire plus que tout.

Une heure passe, les militants stagnent, déambulent, sans cohésion, sans énergie, sans bruit.

Cette fois les flics viennent carrément sur nous, dans l’herbe, intrusifs, pour intimider les activistes.

 

« Vous provoquer les royalistes ! »

« On a le droit de dire ce qu’on pense ! On a le droit d’être contre la monarchie ! »


Bien sûr qu’ils ont le droit, mais pas aujourd’hui visiblement. Peu à peu, les activistes sont virés du square, on s’amasse sur le trottoir comme des lapins. Le flashmob est annulé, c’est la dispersion, les gens de QR décident de distribuer des flyers dans les rues de Soho et de s’en tenir là. Les flics ont gagné. Il ne reste de la manif anti-cuts que la scandaleuse surreprésentation de leurs uniformes, celle qui noie les quelques drag queens zombifiées sous une marée orwellienne.

 

 

Le comble de la vulgarité est atteint quand le bar gay situé à quelques mètres se met à jouer Born This Way les décibels au max, couvrant ainsi les protestations des Queers venus alerter les londoniens sur les dommages causés à la communauté par les réformes d’austérité. 

C’est fini, je dis au revoir aux quelques personnes à qui j’ai parlé, je leur souhaite bonne chance.

 

 

 


(Pigs VS Queers) 

 

 

 

 

Les gens qui passent ne s’étonnent de rien, ils sirotent leurs smoothies. Au-delà du parc, loin de cette enclave contestataire pacifique qu'une force autoritaire vient d'atomiser, une fête bat son plein. Ils sont des milliers à se détendre et picoler dans les jardins de Hyde Park. Ce vendredi est férié pour l’occasion. Chacun en profite un maximum avant de reprendre le taf demain matin. Je ne leur en veux pas, alors je remballe mes convictions, j’en fais une boule, je l’avale, le temps de célébrer moi aussi cette fête nationale jusqu’au petit matin. Je ne sais pas quel Anglais j’ai été à ce moment-là, j’ai partagé la défaite des uns et l’euphorie des autres, avec ce sentiment simple et délesté d’avoir vu chacun faire du mieux qu’il pouvait.

 

 

 

 

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/211051_177736318929040_2503182_n.jpg

 

Repost 0
7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 03:02

(je ressors quelques textes de derrière les faggots, tous écrits au moment du Royal Wedding. C'est pas la saga de l'été mais ça y ressemble. J'ai trop tendance à attendre que l'actualité m'offre des sujets sur un plateau, en ce moment c'est la grosse panne d'inspiration. Donc: des textes où il serra question d'un peu de tout ce qui nous intéresse: bite, chatte, couille et nationalisme, sous la forme d'un reportage, ou bien...).

 


 

Lundi, Avril 2011, J-6

 

 

 

            Flash. Lights on. La couette m’étouffe. Je me réveille avec les yeux supra collés et dégueulasses. J’ai dormi avec mes lentilles. Fuck. L’autre dort à coté de moi, écrasé, content, son bubble butt transperce les draps comme une grosse pomme au caramel, je passe ma main sur mon front, je transpire, je suis VIDÉ, je n’ai pas mangé hier soir avant de me mettre la race, risque de tomber dans les pommes d’une minute à l’autre. J’attends un peu, j’essaie de me rendormir, finalement je lui claque le cul : « I need food ! » Délicatesse. « Don’t you mind if i look in your kitchen ? » Respect. Il me grogne un truc mais je comprends « biscuits » : okay, GO. J’enfile mon jogging : je n’ai pas envie de tomber nez à bite avec son coloc, celui que j’ai entendu fredonner Doris Day quelques minutes plus tôt (angoisse). J’avance sur la pointe des pieds : le rat ne veut pas se faire remarquer.

 

 

Sublime appart de jeunes londoniens, bien installés dans leur vie, à l’aise, comme dans une paire de convers ; diplôme de design graphique encadré au mur, c’est grosso modo la seule déco. Des livres d’art bien chers sont posés en évidence sur la table du salon, les robinets sont tous très neufs : l’immeuble, situé en plein milieu du palpitant district de Dalston, n’a pas plus de deux ans. J’ouvre le placard de la cuisine, il y a une botte d’asperges, je trouve ça relativement bon signe. J’attrape les biscuits, mon cœur s’emballe : des pepitos Tesco épais comme des palais bretons, un bonheur, je me pose sur le balcon pour savourer  mon breakfast de racoon.

 

 

 

tumblr_llq0z8mSho1qart9so1_400-1-.jpg

 

 

 

London : on est au 8ème étage, les chantiers innombrables donnent au paysage une couleur cramée, changeante, un peu sale. Je like mentalement. C’est bientôt les JO, on reconfigure l’espace, on nique tout et on refait. Je remarque des fanions aux couleurs du Royaume-Uni suspendus à la rambarde. Je fais des miettes,  je suis dingue. Bubble-Butt passe la tête par la fenêtre, me fait coucou : l’enculé, il a sa chambre qui donne sur le balcon !! Je rêve. Le vent souffle comme à la plage, je me sens connecté à tout, #ozone+carbone+princesse+écureuil+…  Je rentre à l’abri, je me recouche, je lui touche les couilles. Il me raconte des trucs.

           

 

Il me raconte

Que la reine est comme sa mère. Qu’il en crèverait de tristesse si elle mourrait. Je lui demande si la reine est un « truc de gays », il me répond qu’en effet, il est de notoriété publique que la team officiant à Buckingham est une belle brochette de faggots. Il me raconte une blague populaire à ce propos, je lui fais répéter 15 fois sans rien y comprendre, j’ai peur d’être chiant alors j’arrête. Ensuite il ajoute : attention, c'est pas qu’un truc de pédés. Une chose fédératrice : pour les anglais. Anglais : ce qui n’est pas écossais, gallois, irlandais. Ils n’ont jamais eu à se définir. Ils en ont besoin aujourd’hui. Why ? Je spécule sur l’Europe, mais sans plus. Si je suis la logique de bubble butt, le Royal Wedding serait un peu comme les concours de lancé de troncs d’arbre, et la reine mère comme le lepreuchaun chercheur d’or. Ce qui tombe sous le sens. Elle est plus qu’une reine, elle est Footix : une mascotte avec des ventouses au bout des pattes, un mug, un cupcake, un jeu de société, une image, un corps sans corps qui contiendraient tous les corps (les rosebeefs). « In many ways national symbols, customs and ceremonies are the most potent and durable aspects of nationalism. They embody its basic concepts, making them visible and distinct for every member, communicating the tenents of an abstract ideology in palpable, concrete terms that evoke instant emotional responses from all strata of the community. »[1]

 

 

Il me dit qu’il déteste son boulot, qu’il travaille comme un chien, que c’est pour ça que les gens boivent autant en Angleterre, parce qu’ils n’en peuvent plus. Discours que j’entends souvent et que j’entendrai encore. Les anglais que je rencontre rêvent encore à la France, ils se l’imaginent facile et douce, un apéro en terrasse qui ne prendrait jamais fin.

Il ajoute que le mariage de Kate et William, il l’avait attendu toute sa vie. Petit frisson au cul en entendant ça. Le frisson du total respect poli.

« So excited…so excited… » il répète ça en feuilletant le Guardian, frémissant à chaque photo d’Elizabeth avec la ferveur d’un enfant, quelque chose qui m’échappe plus que tout, qui m’amuse tout en me foutant gentiment les boules. C’est un paradoxe anglais qui me saute à la gorge. Je me dis que toute cette énergie dépensée, en joie, en passion, en perruques rouge et bleue, doit forcément prendre sa source dans un désespoir monumental : celui d’un peuple propulsé vers un nouveau palier de précarité humaine, pliant sous les assauts de réformes catastrophiques dont le terme d’« austérité » parvient difficilement à saisir l’ampleur. J’ai le sentiment que le jour du mariage agira comme une soupape, le pays va exploser. Sur lui-même. Une fête. J'ai appri à ne pas en vouloir au nationalisme. Pas à tous les coups. Je peux y voir une belle reconquête comme la pire des menaces: c'est encore (toujours) une question de contexte. Celui de l'angleterre des années 2000 est proprement à chier. Et l'Europe. Et la France. Des murs. Un contexte où l'adoration d'ex-voto tricolores et de reliques patriotiques de fin de braderie ne pourra que nous emmener loin, dans la nuit de la politique. « I love your big balls », je les lui touche une dernière fois, on s’habille, on mange ensemble, je me casse.

 

 

 

 

« To the common folk she is Mother, saint and villain alike are united in their love for her. If she laughs, the Realm rejoices ; if she weeps, the Nation mourns ; if she has a need a thousand would volunteer to satisfy it ; if she is angry there would be scores to take vengeance on the subject anger. »[2]

 

Gloriana or The Unfulfill’d Queen, Michael Moorcock

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tumblr_lmatcbDv5m1qgzx6bo1_400-1-.jpg
(à suivre)

[1] National Identity, Anthony D. Smith, 1991 (traduction soon)

[2] " Pour l’homme du peuple, elle est la Mère ; le saint et le brigand se retrouvent égaux et semblabes dans l’amour qu’ils lui portent. Si elle s’esclaffe, le Royaume se réjouit ; si elle sanglotte, la Nation s’effondre en larmes ; si elle éprouve un besoin, des centaines viendront se porter volontaire pour la satisfaire ; si elle est en colère, c’est par milliers qu’ils iront venger sa fureur. »

Repost 0
24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 23:04

I-Spit-on-Your-Grave-Teaser.jpg

 

 

 

 

Moscovici est venu ce soir défendre son ami DSK dans le Grand Journal. Le plateau de Michel Denisot, des chroniqueurs aux invités, est à l’image du paysage médiatico-politique français : des croulants ventripotents et chauves qui ne ressemblent à rien ni à personne, ne parlent de rien et pour personne.

 

 

Ah, et Ariane Massenet.

 

 

L’argument avancé par Moscovici est le même que nous sert la gauche et la plupart des commentateurs : DSK est un séducteur, certes, mais certainement pas un agresseur ! Ce qui dit deux choses : premièrement qu’il s’agirait d’un complot, dans ce cas, la victime est une menteuse. Deuxièmement qu’il s’agirait d’un excès de pudibonderie allié à l’indignité absolue de la justice américaine… Auquel cas, la victime serait une hystérique (et la justice française un modèle de dignité).

Dans les deux cas, rappelle Christine Delphy, la victime est une pute : payée par des manœuvres obscures dans l’un, indemnisée grassement dans l’autre. Alors d’accord : je veux bien que la compassion et l’émotion l’emportent sur la raison quand on sait que la plupart des partisans de l’argument « complot » et de l’argument « dsk coquinou » sont des proches, des amis, etc… Je veux bien l’admettre. Mais on parle ici de tentative de viol. Et d’un événement que beaucoup, visiblement, avait craint et anticipé. Les propos irresponsables des commentateurs politiques face à cette affaire en disent beaucoup sur l’état de décrépitude du féminisme français et sur la vigueur toute strauskhanienne du sexisme républicain.

 

 

Derrière ces discours - la décridibilisation de la victime et la victimisation de DSK - quelque chose résiste : quelque chose qu’il nous faut comprendre en vu de reformuler nos stratégies féministes et contestataires.

 

 

 

 

 

La théorie du complot :  péché d’orgueil d’une gauche malade

 

 

 

Derrière la théorie du complot, ce qui résiste, c’est l’orgueil d’un PS décapité qui voit sa figure de proue s’effondrer pour toujours. Les médias s’épanchent matin et soir sur le sperme de DSK alors que la droite, discretos, sous cape, frétille d’un orgasme puissant et silencieux : difficile de ne pas croire au complot tant cette affaire tombe à pic, à moins d’un an des présidentielles. Pourtant, la victimisation de DSK liquide une question absolument fondamentale :  pourquoi, en tant que féministes et militants de gauche, nous n’aurions jamais, JAMAIS, pour rien au monde, voulu d’un président comme DSK.

 

 

Les événement espagnols de la Puerta Del Sol ne laisse présager qu’une chose pour 2012 : la déroute d’une gauche française qui tourne le dos à la jeunesse, reste sourde à ses revendications et ses besoins, et qui bien sur semble totalement déconnectée des urgences féministes actuelles (à quelques Clémentine Autain prés). Hurler à la machination et s’émouvoir de la déliquescence d’un puissant lubrique (mais néanmoins amis), c’est d’une part, pour Martine Aubry and co, une preuve d’indignité politique et morale absolument folle, et de l’autre, l’expression du refus manifeste de se remettre en question, alors même que le PS n’arrive plus à fédérer qui que ce soit sur quoi que ce soit, et que celui-ci regarde crever les populations les plus faibles sous les coups de réformes abjectes. La question que nous sommes en droit de nous poser, nous qui savons pourquoi nous sommes de  gauche, c’est : aurions-nous voulu d’un président comme DSK, et surtout, avons-nous réellement besoin du PS si celui-ci choisit de porter un millionnaire puissant, violeur présumé et notoirement sexiste, en martyr de sa propre défaite ?

 

 

A-t-on besoin du PS, et par extension, a-t-on besoin des politiciens si ceux-ci choisissent de servir les puissants à défaut de servir des valeurs ? La gauche offre un tapis rouge à l’extrême droite : j’imagine que c’est à nous de reprendre les commandes du navire, avant qu’il ne soit trop tard (on file droit vers la catastrophe si vous voulez mon avis). 

 

 

 

 

 

 

 

Vieille canaille ! : le refus d'un procés en régle du machisme

 

 

 

Le discours de décridibilisation de la victime (et dans une autre mesure, de la société américaine et de sa juridiction) sert de résistance à un procès que l’on refuse de mener : celui de la Virilité.

 

 

Il n’y a pas un seul cours auquel j’ai assisté en Angleterre, pas un seul, qui n’ait omis de mentionner les théories récentes du féminisme. Je n’y suivais pas des études de sciences politiques mais des études de cinéma. Les universités anglo-saxonnes sont de véritables laboratoires du féminisme et de l’anti-racisme contemporain, où chaque département prend part active à la politisation de questions aussi divers qu’Internet, la pornographie, le virtuel, les nouvelles technologies, l’enfance, le corps, la race, la pauvreté, le genre, la religion, et j’en passe. Dans son entretien Pour une sociologie (ouvertement) politique, Eric Fassin rappelle que la politisation des questions sexuelles et raciales à toujours été, pour les intellectuels français, le propre de l’Amérique, univers puritain et hystérique, que la France devrait bien se garder de prendre pour exemple : les questions sexuelles doivent rester coûte que coûte dans le domaine des mœurs et rester dépolitisées. Ce discours exotisant vis-à-vis des USA qui persiste depuis la fin des années 80 connait aujourd’hui sa fin. Certains évoquent prudemment les rapports de force se jouant à l’intérieur du récit DSK : le triptyque race/sexe/classe n’aurait jamais pu être évoqué il y a encore quelques années, et c'est plutôt bon signe de l'entendre aujourd'hui.

 

 

Mais plus qu’une repolitisation des questions sexuelles et raciales, ce que peut faire l’affaire DSK, c’est enclencher une révolution féministe totale qui se ferait dans l’exagération et la radicalité. Christine Delphy encore : « Quand une féministe est accusée d’exagérer, c’est qu’elle est sur la bonne voie ». Je m’explique.

 

 

Dans le discours « DSK petit cochon/y’a pas mort d’homme », nous avons assisté à l’apparition d’une figure grivoise, affable et visiblement digne, au mieux, du remontage de bretelles, au pire, de la plus tendre commisération :  celle du coureur de jupon. Ce que beaucoup désigne ainsi, le sourire en coin l’air de dire « qu’on ne t’y reprenne pas, canaillou ! », n’est en fait que la justification terminale de l’idéologie sexiste, celle-la même qui altérise et réduit les femmes en un cheptel sexualisé (La Femme) que « le coureur de jupon », en bon fermier, s’arroge le droit de tâter et d’emmener à la saillie. Nous vivons dans une société où la différence des sexes fait que certains hommes, puisqu’ils sont pourvus des privilèges induits par le système de la Virilité, ne tolèrent pas qu’une chatte leur dise non. Un trou est un trou, il n’a pas à se fermer, il n’a pas à dire non.

 

La Virilité est un système politique de répartition des privilèges (économiques, sociaux et politiques) organisé en fonction de qualités naturalisées (la Bite, la Grosse Queue, les Grosses Couilles, l’appétit pour les femmes, l’endurance sexuelle) et qui hiérarchisent la société en produisant du plus (l’homme blanc hétérosexuel) et du moins humain (la Femme, le Pédé, et tout ce qui d’une façon ou d’une autre ne rentre pas dans les critères établis par le système de la Virilité).

 

C’est donc un procès que l’on refuse de faire : celui d’un système idéologique qui fait perdurer la distribution inégalitaire de privilèges. Ce qui est important n’est pas de savoir ce qui s’est réellement passé au Sofitel, si DSK est innocent ou non. Ce qui est important c’est de comprendre pourquoi des commentateurs et des politiciens ont cru bon de minimiser autant des accusassions de tentatives de viol tout en appelant à la rescousse cette figure sexiste et insupportable du séducteur. 

 

Fort heureusement, ce système est en pleine déconfiture, et des chantres de la Virilité montent déjà aux créneaux depuis plusieurs années, paniqués par une possible abolition de leurs privilèges. Il est d’ailleurs fort étonnant de ne pas avoir entendu Alain Soral (MAJ-0h39 : arg, bon bah voilà j'ai encore eu tord de m'avancer, un ami très au fait de ce qui se passe du coté d'identité et réconciliation m'a orienté vers quelques liens... Comme quoi je sousestime toujours ce bon vieux Alain! Je vais pas les poster, c'est juste sale) et autre Eric Zemmour s’exprimer sur le sujet et déplorer le procès d’un camarade séducteur, victime d’être un homme comme les autres.

 

 

Que répondons-nous ?

 

 

 

 

 

COUPONS-LEUR LES BURNES !  de l’exagération comme moteur féministe

 

 

 

C’est une information qui a beaucoup été relayée, sur twitter et facebook et qui concernait un projet de loi étudié en ce moment même au Dakota du sud. Un loi qui autoriserait « «un père, une mère, un fils, une fille ou un mari à tuer quiconque tente de pratiquer un avortement sur une femme, même si elle est consentante» (Le Parisien, 16/02/11).

 

Ce genre d’infos politiques qui circulent à fond la caisse et qui provoque chaque fois la même hilarité abasourdie, le même effarement comique, mâchoire sur le clavier, à ne plus savoir si l’on doit rire ou exploser de rage. Et c’est souvent le propre des lois les plus oppressives et les plus violentes que d’asseoir ainsi leur légitimité et leur exercice par leur absurdité même,  leur grotesque explicite.[1]

 

 

Une société qui aurait pour ambition d’enrailler net ce programme d’exploitation et d’avilissement sexuel légiférerait très certainement ainsi :

 

 

 

AVORTEMENT GRATUIT, IMMEDIAT ET SANS CONDITIONS POUR TOUTES ![2]

 

 

 

 

Ce gouvernement utopique pourrait même aller plus loin, en dépénalisant par exemple les homicides dans les cas où une femme abattrait son violeur…

…Ou quelque chose du genre ?

Apprendre aux fillettes à utiliser des armes à feu.

…Ou quelque chose du genre ?

Je ne sais pas. Cette société n’existe pas et n’existera jamais, parce que les choses sont plus compliquées, sans doute, ou parce que ce n’est pas de bon ton, que c’est un peu exagéré. Après tout, cette société que j’imagine, et qui me donne des espoirs fous quand je l’imagine, cette société est comme un conte à la Sliders, une fantaisie alternative, vaguement punk.

Cette société n’existe pas. Elle est too much.

 

En revanche, cet état américain qui prévoit de justifier légalement le meurtre des médecins avorteurs par légitime défense du fœtus malgré le consentement de la mère, cet état-là existe bel et bien. Ce n’est pas une fable.

 

Toute comme cette société où 75000 femmes se font violer chaque année (source: Osez Le Féminisme, novembre 2010) parce que leur mise à disposition sexuelle totale et sans condition (surtout pas celle du consentement) semble légitime à la plupart des individus porteurs d’une bite, conditionnés et galvanisés par l’idéologie de la virilité, cette société-là, existe, elle aussi. Et puissamment.

 

 

Alors qu’on arrête de me faire pitié avec DSK.

Il est temps pour nous d’être très clair dans nos choix et de décider quelle société exagère ou non, où se situe l’excès et ou se situe l’hystérie.

Dans une société qui permet à une femme de ménage noire musulmane de se défendre contre les assauts d’un politicien millionnaire sexiste ? Certainement pas.

Dans une société qui continue d’inventer l’avortement comme un acte ignoble et honteux? Trés certainement.

Une société qui entrave le droit à l’avortement est une société qui coupe les femmes en deux. Une société qui empêche les femmes d’avorter est une société qui met les femmesà mort.

De même, une société qui conforte les hommes dans la croyance qu'ils auraient un droit de propriété et d'utilisation sexuelle légitime sur les femmes est une société dont la chutte et le démentellement doit faire l'objet de toute notre énergie contestataire.

 

Ah, ça ira, ça ira ça ira…



 

 

 

 

 

 

Alors. Je trouve ce que fait OLF très mignon.

Mais personnellement, voir Jean-Louis Costes se faire enculer par deux actrices pornos dont une arabe et munie d'un flingue, je trouve que c’est un geste qui à une tout autre gueule.

 

 

Ce n'est, bien entendu, qu'une question de stratégie.

 

 


[1] Voire Foucault, Les Anormaux, chapitre 1, où il est question d’Ubu Roi.

[2] Virginie Despentes propose aussi : transformer tous les macdos en centres d’avortement gratuits.(in Testo Junkie, Beatriz Preciado)

Repost 0
17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:05

Un prof qui donne des devoirs à la maison est un COMPLICE!

 

 

Nous, anciens élèves de lycée, collège, école primaire et maternelle, condamnons fermement le système des DEVOIRS À LA MAISON, que nous considérons comme la forme ultime d'oppression des classes laborieuses et du maintien de l'inégalité des chances au sein du système éducatif et de la société française toute entière.

 

Un professeur qui donne des devoirs à la maison est un agent du système éducatif sarkozyste, système fondé sur des principes inégalitaires et oppressifs,  qui prétend, de manière parfaitement hypocrite et dégueulasse, que chaque citoyen aurait les moyens et la chance d'étudier, de lire et de développer son bagage intellectuel de façon autonome une fois les portes de l'école fermées.

 

Or, il n'en est rien, et nous le savons depuis nos premiers cours d'ECJS, que nous suivons vaille que vaille depuis le collège. Ne sous-estimez pas nos puissances révolutionaires en sommeil!


L'idée que chacun aurait des chances égales de réussite, pourvu qu'il y mette du sien, est un mythe fasciste basé sur l'ignorance des conditions requises au développement d'une conscience intellectuelle, artistique et/ou politique. Personne n'est un égal ou un semblable face au système darwiniste et féodal des devoirs à la maison.

 

 

En tant qu'anciens élèves de lycée, collège, école primaire et maternelle, nous nous insurgeons contre ces professeurs qui prétendent maintenir un idéal républicain tout en donnant des devoirs à la maison à leurs élèves. Pour nous, cette pratique fasciste relève de la castration militante, et bloque de façon irrémédiable et autoritaire l'émergence d'une véritable conscience politique au sein de la jeunesse.

 

Les devoirs à la maison sont la formulation finale, violente et darwiniste de l'idéologie capitaliste, celle-la même  qui, à travers un système éducatif fasciste, valorise et galvanise les puissants, et enfonce la tête dans les chiottes à ceux qui n'ont ni les moyens, ni l'espace, ni le temps - mais la volonté, le désir, l'énergie et la nécessitée -  de bâtir des univers vivables.

 

Le système autoritaire des devoirs à la maison doit cesser IMMEDIATEMENT pour laisser place à la création d'ateliers indépendants ayant pour vocation à penser et critiquer les systèmes hégémoniques; qu'ils agissent dans le domaine culturel, visuel, éducatif, ou autre.

 

Le système inégalitaire des devoirs à la maison doit cesser pour laisser la place et le temps à l'art et à la politique. Tout doit être mis en oeuvre pour favoriser l'émergence de consciences politiques, contestataires et révolutionnaires au sein des citoyens appartenant aux minorités opprimées, défaites et diminuées.

 

Donner des devoirs à la maison, c'est amputer la jeunesse issue des classes laborieuses de leur puissance d'agir; c'est cogner sur la tête des plus faibles (exercice sarkozyste par excellence) ; c'est enrayer toute initiative révolutionnaire et contestataire.

 

Les futurs citoyens n'ont ni le temps, ni l'espace, ni les moyens de faire leurs devoirs:

les futurs citoyens doivent pouvoir

S'AMUSER,

SE DÉPENSER,

CRÉER,

INVENTER,

EXPLORER,

en d'autres termes

ÉLABORER DES STRATÉGIES QUI FERAIENT S'EFFONDRER LES SYSTÈMES OPPRESSIFS INSTITUÉS PAR LEURS PÈRES.

 

 

Ce que nous voulons:

 

- L'arrêt immédiat du système des devoirs à la maison par réforme du programme éducatif français.

- La création par l'état d'emplois jeunes et d'agents de soutiens ayant pour vocation de soutenir tous les futurs citoyens rencontrant des difficultés scolaires.

 

Ce que nous voulons:

 

De l'espace, du temps et les moyens de penser et créer des mondes au sein du quel nous aurions une place.

 

Ce que nous voulons:

 

Une chambre à NOUS!!

 

Un élève qui rentre chez lui ne devrait avoir AUCUN devoir à faire, car c'est ici que repose le pilier terminal de l'inégalité des chances et de l'oppression des populations les plus faibles.

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:59

 

Comme tout bon gars émergeant doucement le matin, j'allume mon ordi, je branche la bouilloire, je me fais mon café et je me connecte sur le site de libé pour voir si le monde ne s'est pas pété la gueule pendant la nuit. Ce n'est pas le cas, je prends donc deux sucres.

 

Bien sûr je me contente de lire les titres et les petits résumés en en-tête. À la rigueur, le seul article sur lequel je vais cliquer, c'est celui qui racontera le fait-divers le plus dégueu. "C'EST BIEN LE TRONC D'ERIC ZEMMOUR QUI A ÉTÉ RETROUVÉ DANS LE MARAIS DU...." ah nan merde, raté.

 

Ce matin, ça n'y a pas coupé, j'ai cliqué sur cette info qui me paraissait bien sale. 100% voyeuriste.

 

"expédition punitive", "violence inouïe" "quasiment traitée comme un animal, pendant une heure et demie"… Je sirote mon café avec délectation.

L'information est moins trash que prévue, mais le suspens est rondement mené, le glauque savamment dosé, on y croit jusqu'au bout, quand soudain, BIM, on a le droit pour toute conclusion à LA tarte à la crème des propagandistes sexistes.

 

C'est dit comme ça, en loucedé, l'air de rien: "On voit monter une violence de plus en plus grave de la part de femmes et de jeunes filles, cela n'existait pas il y a dix ans", a affirmé le magistrat".

 

Qu'un petit Zemmour cornu ait fait irruption sur l'épaule du tribun à ce moment-là en arguant "C'est la vérité!! C'est un fait! Je ne fais que décrire la réalité!" ne nous aurait même pas étonné.

 

 

 

 

 

Au sein de cet article descriptif relatant un fait-divers - deux filles en torturent une troisième pour une histoire de mecs - cette citation du magistrat n’est pas innocente. On a deux informations au sein d’un même billet : la première, émotionnelle - deux timbrées ont mis une fille à l’amende – vient crypter la seconde, idéologique - il y a une montée de la violence chez les jeunes filles. Une technique bien connue de TF1 et de tant d’autres médias. Le problème ici n'est pas de nier la montée de la violence chez les femmes. Le problème, c'est le contexte dans lequel cette information est relayée, et ce qu'elle nous raconte. De quelle violence parle-t-on? Branchez un phénomène sociale observable sur un fait-divers émotionnel et vous obtenez une fable à fabriquer du réel sexiste.

 

Derrière les "Rien ne va plus!!", "Mais que fait Sarkozy!!", "Le monde part en couille!!", il faut donc lire: 

 

 

- La montée de la violence chez les femmes est un déréglement, une déviance grave au sein des rôles binaires genrés. La montée de la violence chez les femmes (ou pire: chez les jeunes filles) est le symptôme d'un marasme sociale et économique, et un déraillement grave de l'ordre des sexes qui doit susciter l'inquiétude voire une intervention de la part de l'état.

 

 

- Dans ce contexte, la Femme - douce, passive et pacifiste par nature - devient l'unité de mesure de la chienlit ambiante. La Femme est telle une grenouille sur son échelle, elle est un baromètre, un chien qui va sentir le tsunami. En résumé, si MÊME les femmes se mettent à perpétrer des atrocités - un hobby qui était jusqu'à présent le monopole des Hommes - alors où va le monde?? Ma bonne dame??

 

 

Il y a la montée de la violence, et il y a la montée de la violence des femmes, dérèglement ultime, signe avant-coureur de l’Apocalypse…. ou bien de la présence du FN au second tour des présidentielles ?

 

 

 

            Pour enrayer ces mutations dangereuses des sexes (on m’a même rapporté que certains hommes s’exfoliaient la peau du visage!!), je propose qu’on attaque le mal par la racine, c’est à dire KING JOUET ! Histoire de bien rappeler aux petites filles qu’elles sont des PRINCESSES et des MAMANS et aux garçons des SOLDATS et des PRÉSIDENTS DE LA RÉPUBLIQUE. Enjoy ce petit shéma bien drôle sur les stéréotypes genrés dans la publicité pour jouets.

 

 

swordle-GirlsToys-sm.png.jpg

 

Trouvée ici.

Repost 0
22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 04:04

 

 

Je m’appelle Marguerin, j’ai 24 ans, je suis obsédé par Michel Foucault et par le porno gratuit en streaming.

 

À l’heure où j’ouvre ce blog, je suis étudiant Erasmus en master de cinéma à l’université de Kingston, UK.

 

J’aimerais qu’on parle de racisme, de sexisme et d’homophobie, et des points de croisements entre ces trois idéologies.

 

Compte tenu de mon parcours universitaire et de ma cinéphilie, j’aime aborder ces sujets  sur un versant visuel et iconographique, MAIS PAS QUE.

 

 

 

thumbnail

 

 

 

Je ne sais pas exactement ce que je mets en forme ici. C’est un work in progress, en quelque sorte ;

un carnet.

Mon parcours scolaire est tordu, je suis passé par les arts plastiques, puis par les bancs de la fac.

En parallèle, j’ai tracé un autre parcours, que l’on pourrait qualifier de militant. Ça a commencé avec  King Kong Théorie de Virginie Despentes ; ce livre a changé ma vie, et m’a fait comprendre qu’un discours féministe et anti-homphobe comme celui que j'aspirais à bâtir avait besoin de deux choses : d’acharnement et d’une famille politique. Après ça, je me suis mis à lire beaucoup, de manière à consolider ce qui avait toujours été là, mais à l’état fœtal : une intelligence des contre-pouvoirs et une sensibilité aux injustices ; je dois ça à mes parents.

 

 

Je ne crois pas aux différences entre hommes et femmes, pas plus qu’aux différences entre blancs et noirs, hétéros et homos. Les différences ne m’intéressent pas en tant que telles, mais en tant qu’effet de rapports de force. Ce que je veux - tout du moins ce que j’essaye de faire, c’est comprendre comment ces rapports de pouvoirs construisent des idées et produisent des formes.

humain //  inhumain // non-humain // …

 

 

 

beau-travail

 

 

 

Je me méfie des idéologies, car elles sont toujours de circonstance. Les magazines féminins me foutent la gerbe, l’idée d’hégémonie culturelle m’intéresse. J’ai commencé à lire Marx il y a 2 jours et Angela Davis la semaine dernière. Je ne veux pas savoir à qui profite le crime. En revanche, je cherche tout ce qui pourrait nous aider à inventer des systèmes dans lesquels ceux qui ont été privés de puissance et de dignité puisse respirer, exister et se la mettre sans peur ni fatigue.

 

 

J’ai du mal à concilier d’une part quelque chose qui me ferait dire :

« je ne suis pas un PUTAIN d’intellectuel !! 

je suis (barrer la mention inutile) = un punk, un humain, un apprenti

Et de l’autre, ma curiosité et mon désir (besoin) de légitimité. Ecrire au sujet du différentialisme, qu’il soit sexuel, racial ou culturel, est un programme que je compte mener avec des contraintes et de la rigueur.

Il y a un temps pour tout, même s'il est clair que je m’oriente de plus en plus vers l’action, le corps à corps, le physique : la politique.

 

 

 

Ici : c’est de l’écriture avant tout, enfin je crois.

 

 

Jean-Louis Costes :

« L’homme n’est pas un singe, l’homme est un slip sur une bête sauvage. Et l’art est le cri idiot  du singe qui arrache son slip qui lui gratte le cul. »

 

 

Ce blog est un slip.

 

En gros.

 

Une façon d’archiver et de rendre public mes notes: des choses raisonnées, des indices, tout ça avant de péter définitivement les câbles et de hurler comme une bête.

Il y a des moments et des lieux pour faire péter sa fureur, mais ici, c’est un chantier.

Le terreaux est pourtant le même: des rapports de force qui nous tuent et nous empêchent d'être les beaux et grands singes avides de cul que l'on mérite de devenir.

 

 

 

 

Ce que nous voulons : de la justice et de l’égalité.

 

Et pour nous, il est évident que cela devra passer par un piratage, une mise à sac et une réinvention d’absolument tout ce que l’on a connu jusqu’à présent.

 

 

 

 

See ya! xx

 

 

 

 

PS: les photos viennent du film Beau Travail de Claire Denis. Best movie ever made? yes yes yes!! kiss

Repost 0
Published by Marguerin - dans Chantiers Mutants
commenter cet article

chantier / politique

 

Portrait1.jpg

Portrait2.jpg

Portrait5.jpg

Portrait6.jpg

tumblr_m3d9gqt04t1r84h26o1_500.jpg

tumblr_l2j1e8cRJT1qzp162o1_400.jpg

tumblrpic.jpg

 

 

  elodie petit

editions douteuses

 

 

letag.jpg

  Le Tag Parfait

Culture Porn

 

Contributions NSFW:

 

 

Boris: la revanche des Dudes

 

Jerky Girls: à l'épreuve du foutre

 

 

Lectures du Moment

 

 http://generationscience-fiction.hautetfort.com/images/medium_plaie.jpg

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41oVRWKkBJL.jpg

http://img1.imagesbn.com/p/9780231129664_p0_v1_s260x420.JPG

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41BYIFBWogL.jpg