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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 13:46

 

Dés la naissance et jusqu’à la fin de la vie, l’ensemble des dispositifs sociaux et culturels tendent à nous produire comme sujets hétérosexuels. Ces dispositifs fonctionnent sur un mécanisme usé se décomposant à vitesse grand V et qui permettait jusqu’alors à l’hétérosexualité de s’imposer en règle naturelle et transcendante sans que rien ne justifie son existence en dehors des systèmes qui la re-produisent. Les évidences sont nos ennemis intimes. Insultant notre intelligence politique, nous nous étranglons dés qu'elles nous viennent aux lèvres. Dés lors, si l’hétérosexualité était aussi évidente, si la complémentarité des sexes était aussi profondément imprimée dans les circuits de l’espèce, pourquoi ces systèmes auraient-ils besoin d’une telle propagande, de telles incitations, de tels rappels à l’ordre ? Sans parler de la répression et de l’élimination physique de tout sujet s’écartant de la norme hétéro de façon plus ou moins tordue.

 

Les contextes qui autrefois pouvaient (éventuellement) justifier l’hétérosexualité obligatoire se perdent dans la nuit et ne sont plus effectifs aujourd’hui. De même, ce qui fait un homme et ce qui fait une femme, cette fiction qu’est la complémentarité des sexes au fondement de la culturelle hétérosexuelle, ce mythe est aujourd’hui mis à poil, dans sa plus totale virtualité. Ceux qui défendent encore ce système le font au nom de leur pure et simple haine : haine de tout ce qui excède leur monde, de tout ce qui déborde de leur slip, de tout ce sur quoi ils n’ont aucune prise.

 

 

Comme la plus part des enfants, j’ai tenté de m’hétérosexualiser par imitation. Notamment au travers d’observations quotidiennes très simples, très connes, comme celle que les hommes, dans la rue, se retournaient sur deux choses : les belles femmes et les belles voitures. N’ayant trouvé d’intérêt ni pour les premières, ni pour les secondes, j’éprouvais dans cette socialisation parfaitement ratée deux puissantes intuitions : d’une part que les hommes ne se retourneraient jamais sur moi dans la rue, et de l’autre, que le sexe avait plus à voir avec une panoplie d’attitudes et d’accessoires qu’avec une quelconque permanence programmée dans la vérité des corps. C’est dans cette inférence pédée, vécue dès la petite enfance, que réside notre intime conviction : la répression sexuelle et la bicatégorisation des sexes est une farce, un jeu, et puisqu’il s’agit d’un jeu, trouvons le moyen de nous en amuser plutôt que d’en crever d’ennui.

 

On a pathologisé jusqu’à la mort les petits garçons aimant à enfiler les robes de leur mère, alors qu’il s’agit d’une respiration politique à cultiver. Interdire aux pédés de se reproduire, au sens marsupial et socio-culturel du terme, a peu à voir avec la sauvegarde d’une complémentarité symbolique des sexes défendue par une poignée de réacs. Il s’agit plutôt d’une phobie, équitablement répartie à gauche comme à droite, dirigée vers la possibilité d’une anarchie. Interdire aux pédés d’élever des enfants en dehors du cadre hétéronormatif procède d’une stérilisation sociale globale dont le projet est d’entraver quel qu’en soit le prix la prolifération de politiques sexuelles explosives. Ce qu’on nous interdit, c’est d’élever nos enfants selon les principes de notre culture qui sont ceux du Magicien d’Oz, des plumes dans le cul, de Courtney Love, de Ab Fab, de la MD et du sexe fun avec partenaires multiples. La reconnaissance des couples homoparentaux est la première étape d’un programme de mise à sac global, au terme duquel tous les systèmes de domination devront être niqués. Ne jamais perdre de vue cet objectif, c’est s’interdire tout repos et toute fatigue face aux tartuffes clamant leur amour pour la Vie alors qu’ils n’ont aucune espèce de respect pour elle, et c’est promettre un véritable enfer aux découpeurs d’enfants prétendant œuvrer dans leurs intérêts mais que rien n’obsède autant que le contrôle et la mise en servitude des jeunes êtres humains. Un père et une mère sont les dernières choses au monde dont un enfant à besoin.

 

 Hélas, comme pour chaque victoire, comme pour chaque reconquêtes sur nos vies et nos corps, comme pour la contraception, comme pour le droit à l’avortement, il nous faudra inlassablement se justifier de ne pas en abuser, on nous rappellera sans cesse que ce n’est pas un droit réellement légitime mais une faveur qu’on nous fait, sans parler des réactionnaires qui inlassablement essaierons de nous l’enlever, de nous renvoyer 10, 20 ans en arrière. Avis aux malfaisants : rien n’entreverra jamais notre appétit de biologies !

 

 

 

Published by Marguerin - dans Chantiers Mutants
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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 13:34

 

 


 

 

 

Interrogée le mois dernier sur la question du mariage gay, la députée UMP Brigitte Barégès s’était fendu d’un sublime « et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ».

Cette petite vanne ne m’avait pas choqué outre mesure. On reconnait la rhétorique conservatrice classique du « Et pourquoi pas pendant que vous y êtes ! »: ... et pourquoi pas le droit de vote des étrangers pendant que vous y êtes! ici décliné sur un registre homophobe parfaitement dégueulasse; Barégès bourrée au rosé un dimanche après-midi, ou quelque chose du genre. L'UMP nous en a offert un bon paquet, depuis.

 

Et puis, je n’ai pas trouvé de réponses spontanées satisfaisantes à la question : pourquoi pas des unions avec des animaux ? La réponse ne m’a absolument pas paru évidente. J’ai cherché quelques secondes puis je me suis retrouvé comme coincé tout nu dans une impasse intellectuelle, super EXCITÉ, l’imagination fourmillant d’éthiques inédites et futuristes, de mutations conjugales mythologiques, d’alliances bestiales et lapinoïdes, bref : J’ai eu la gaule. Et au travers de cette bonne grosse gaule politique, j’ai entraperçu une multitude de possibles, de 

Derrière la drôle de fable du Mariage des Animaux réside une question de démocratie fondamentale qui est celle de l’importance que l’on donne à certains types de relations et du statut social, légal ou symbolique qu’on décide de leur accorder.

Sous couvert d'humour, on s'attaque à tous ceux qui, parce que leur existence ne compte pas, font l’objet de blagues grossières qui non seulement les privent de leur force, mais diminuent aussi la profondeur des relations et des connections qu’ils établissent entre eux, qu’elles soient sentimentales, amoureuses, fraternelles, solidaires ou de compagnie.

 

 

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L'Antispécisme est un Socialisme : une dynamique collective contre les systèmes d'oppression

 

 

Faire se rencontrer la cause animale et la cause LGBT est un projet militant que l'on imagine difficilement germer en dehors des Etats-Unis, terreaux des expériences politiques par excellence, dans lequel on voit fleurir les intersections les plus inattendues – tout du moins le sont-elles pour nos esprits français, allaités au républicanisme. Cette abondance américaine de regroupements hybrides tels que la Gay/Straight Animal Rights Alliance ou les Vegans of Color vient nous rappeler la réticence d’un certain militantisme français à intégrer les idées de race et de genre à son discours, comme à reconnaître la pluralité des systèmes de domination et leur habileté à produire des hiérarchies parmi les êtres, à les maintenir et à les justifier. Il paraîtrait quelque peu irréel de voir en France un mouvement LGBT développer un discours antispéciste, quand une prise de conscience anti-raciste pêne déjà considérablement à voir le jour. Lors du colloque d’ouverture du Master Genre et Égalité à l’université de Lyon[1], une intervenante est venue rappeler la nécessité de compartimenter les luttes pour l’égalité et de distinguer les modes opératoires du sexisme de ceux de l’homophobie ou du racisme : un point de vue qui paraîtrait totalement insensé à un militant anglo-saxon et qui semble déjà d’un autre âge aux yeux d’une nouvelle génération d’activistes qui (re)découvre l’œuvre d’Angela Davis, traduite en français avec trente ans de retard[2] !

 

 

Mon point de vue sur la question du droit des animaux a été très récemment bouleversé. En fait, je pourrais parler d’une révolution totale de mes convictions. Je suis persuadé que Brigitte Bardot a fait un mal considérable à la défense de la cause animale et a sa diffusion en France: dans mon esprit, son personnage y était irrémédiablement associé, comme il l’était au racisme imbécile, à l’extrême droite et à la vulgarité. J’avais cette image d’un militantisme égoïste et émotionnel, germant dans le terreau d’une compassion brutale et frustrée pour l’animal. Je continue de penser que le militantisme de Brigitte Bardot se situe bien plus du côté des groupes facebook prônant le rétablissement de la peine de mort et de la torture pour les bourreaux d’animaux que de celui d’un antispécisme vegan, argumenté, courageux et légitime.

 

 

Je dois cette révolution personnelle – révolutionnaire au point de me conduire tout droit de l’Hippopotamus vers un végétarisme convaincu et absolument pas forcé – à la lecture d’arguments antispécistes féministes et antiracistes, qui m’ont amené à considérer la défense des non-humains comme un degrés de compréhension des mécanismes de pouvoir bien plus fin et avancé que ce à quoi je m’attendais.

J’aimerais émettre prudemment mais fermement l’hypothèse que l’antispécisme, sous certaines formes, représenterait un niveau de sensibilité aux rapports de forces bien plus exigeant qu’il n’y paraît, et qu’il constituerait une forme de socialisme extrêmement sensible et intransigeant, par lequel le vœux de voir toutes formes d’exploitation et de domination abolies s’exprimerait au nom de tous les Autres, où les idées de Nature et d’Ordre seraient systématiquement déjouées et où l’érection de frontières et d’oppositions asymétriques serait remise en question partout où on les trouve.

 

 

 

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No One Is Free When Others Are Oppressed : Queeriser la cause animale.

 

 

Connecter le féminisme à l’antispécisme n’est pas une idée neuve et se rencontre dans des courants de pensée divers (ce qui fera l’objet d’une seconde partie à cet article). En revanche, je n’avais jamais eu vent d’un mouvement antispéciste né au sein d’un mouvement LGBT : deux ou trois cliques sur google m’y ont bien évidemment conduit.

 

 

« Libération des animaux » et  « libération gay » sont deux formules rarement associées dans une même phrase. Pourtant, la libération des personnes gays et lesbiennes, et bien entendu la libération de chacun, dépend entièrement de la libération des animaux. Nous nous devons de comprendre cela, comme nous nous devons de comprendre la façon dont différentes formes de discrimination, comme le racisme ou le sexisme, sont interconnectées. »[3]

 


C’est ce qu’on peut lire sur le site de l’Alliance Gay/Straight for Animal Rights, qui semble hélas inactif depuis… 2002. Une trace d’antispécisme queerisé, sédimenté dans les méandres du web…

 

Plus récemment, voir très récemment, Jasmin Singer publiait cet article sur le chouette site The Scavenger : Gay Rights and Animal Rights : Intersection. Lesbienne, végétarienne et antispéciste, elle est la co-fondatrice du site Our Hen House qui rassemble du matériel intellectuel et militant à l’usage des défenseurs de la cause animale.

 

Singer met le doigt sur le déni d’humanité dont font l’objet les victimes de l’oppression, notamment les homosexuels, et le met en parallèle avec le déni de conscience propre, de désirs propres et de vie intérieure propre dont font l’objet les animaux à fin de justifier, par exemple, l’horreur à l’œuvre dans les fermes industrielles. On comprend alors qu’il est moins question ici de créer des analogies entre les souffrances ou des discours de compassion que de mettre à nu des mécanismes et des systèmes politiques qui fonctionnent souvent avec les mêmes rouages. L’enjeu de ce tressage d’affinités entre Gay Rights et Animal Rights est de multiplier les points d’actions et les stratégies possibles, en ouvrant les luttes à des militants qui ne se sentaient pas forcément concernés par certaines causes et de créer ainsi une véritable dynamique collective.

 


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Pour aller plus loin, un blog sans lequel je ne serais pas venu à toutes ces idées:

Hypathie - Blog Féministe et Anti-Spéciste

 



[1] http://sites.univ-lyon2.fr/egales/

[2] Women, race and class, publié pour la première fois en 1981, a fait l’objet d’une traduction française en 2007 seulement.

[3] "Animal liberation" and "gay liberation" are two phrases that are rarely heard in the same sentence. But, in fact, the liberation of gay and lesbian people, and indeed the liberation of all people, depends upon the liberation of animals. We must come to understand this, just as we must understand how different forms of bias against people, such as racism and sexism, are interconnected.

 

Published by Marguerin - dans Chantiers Mutants
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 04:04

 

 

Je m’appelle Marguerin, j’ai 24 ans, je suis obsédé par Michel Foucault et par le porno gratuit en streaming.

 

À l’heure où j’ouvre ce blog, je suis étudiant Erasmus en master de cinéma à l’université de Kingston, UK.

 

J’aimerais qu’on parle de racisme, de sexisme et d’homophobie, et des points de croisements entre ces trois idéologies.

 

Compte tenu de mon parcours universitaire et de ma cinéphilie, j’aime aborder ces sujets  sur un versant visuel et iconographique, MAIS PAS QUE.

 

 

 

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Je ne sais pas exactement ce que je mets en forme ici. C’est un work in progress, en quelque sorte ;

un carnet.

Mon parcours scolaire est tordu, je suis passé par les arts plastiques, puis par les bancs de la fac.

En parallèle, j’ai tracé un autre parcours, que l’on pourrait qualifier de militant. Ça a commencé avec  King Kong Théorie de Virginie Despentes ; ce livre a changé ma vie, et m’a fait comprendre qu’un discours féministe et anti-homphobe comme celui que j'aspirais à bâtir avait besoin de deux choses : d’acharnement et d’une famille politique. Après ça, je me suis mis à lire beaucoup, de manière à consolider ce qui avait toujours été là, mais à l’état fœtal : une intelligence des contre-pouvoirs et une sensibilité aux injustices ; je dois ça à mes parents.

 

 

Je ne crois pas aux différences entre hommes et femmes, pas plus qu’aux différences entre blancs et noirs, hétéros et homos. Les différences ne m’intéressent pas en tant que telles, mais en tant qu’effet de rapports de force. Ce que je veux - tout du moins ce que j’essaye de faire, c’est comprendre comment ces rapports de pouvoirs construisent des idées et produisent des formes.

humain //  inhumain // non-humain // …

 

 

 

beau-travail

 

 

 

Je me méfie des idéologies, car elles sont toujours de circonstance. Les magazines féminins me foutent la gerbe, l’idée d’hégémonie culturelle m’intéresse. J’ai commencé à lire Marx il y a 2 jours et Angela Davis la semaine dernière. Je ne veux pas savoir à qui profite le crime. En revanche, je cherche tout ce qui pourrait nous aider à inventer des systèmes dans lesquels ceux qui ont été privés de puissance et de dignité puisse respirer, exister et se la mettre sans peur ni fatigue.

 

 

J’ai du mal à concilier d’une part quelque chose qui me ferait dire :

« je ne suis pas un PUTAIN d’intellectuel !! 

je suis (barrer la mention inutile) = un punk, un humain, un apprenti

Et de l’autre, ma curiosité et mon désir (besoin) de légitimité. Ecrire au sujet du différentialisme, qu’il soit sexuel, racial ou culturel, est un programme que je compte mener avec des contraintes et de la rigueur.

Il y a un temps pour tout, même s'il est clair que je m’oriente de plus en plus vers l’action, le corps à corps, le physique : la politique.

 

 

 

Ici : c’est de l’écriture avant tout, enfin je crois.

 

 

Jean-Louis Costes :

« L’homme n’est pas un singe, l’homme est un slip sur une bête sauvage. Et l’art est le cri idiot  du singe qui arrache son slip qui lui gratte le cul. »

 

 

Ce blog est un slip.

 

En gros.

 

Une façon d’archiver et de rendre public mes notes: des choses raisonnées, des indices, tout ça avant de péter définitivement les câbles et de hurler comme une bête.

Il y a des moments et des lieux pour faire péter sa fureur, mais ici, c’est un chantier.

Le terreaux est pourtant le même: des rapports de force qui nous tuent et nous empêchent d'être les beaux et grands singes avides de cul que l'on mérite de devenir.

 

 

 

 

Ce que nous voulons : de la justice et de l’égalité.

 

Et pour nous, il est évident que cela devra passer par un piratage, une mise à sac et une réinvention d’absolument tout ce que l’on a connu jusqu’à présent.

 

 

 

 

See ya! xx

 

 

 

 

PS: les photos viennent du film Beau Travail de Claire Denis. Best movie ever made? yes yes yes!! kiss

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chantier / politique

 

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  elodie petit

editions douteuses

 

 

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  Le Tag Parfait

Culture Porn

 

Contributions NSFW:

 

 

Boris: la revanche des Dudes

 

Jerky Girls: à l'épreuve du foutre

 

 

Lectures du Moment

 

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