Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 21:26

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On a beau le connaître par cœur, le reconnaître de partout, le consommer sous n’importe quelle forme, l’imprimer sur des sacs ou y foutre des ventouses, l’univers de Tim Burton ne souffre pourtant aucune concurrence ni aucun équivalent en 2012. Depuis ses débuts au cinéma avec Pee Wee, Burton se transforme sans jamais se perdre, et il reste le seul (à un Hellboy 2 près) à savoir mettre en forme la différence, en tant qu’expérience vécue.

 

Cinémathèque pour enfants pédés, les films de Burton sont d’une puissance consolatrice sans égale : 12 blogs ne suffiraient pas à exprimer tout ce que le final de Beetlejuice m’a apporté comme réconfort étant gamin. Winona en lévitation sur du Belafonte et on sait qu’on sera toujours chez nous dans cet univers. Dire que ces films m’ont influencé est un euphémisme : ils m’ont puissamment construit, et sont au fondement d’absolument tout ce que je sais et comprends du monde ; tragique, salopé, festif et dégueulasse. Il y a tout chez Burton : le Magicien d’Oz de Flemming, le Freaks de Browning, les contes de Grimm et de bien belles musiques.

 

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Rien qu’un scène : Selina Kyle devient Catwoman. C’est la meilleure scène du monde, qu’on soit bien clair là-dessus, mais c’est aussi un sommet de cinéma purement fantastique (avec Cat People. Comme quoi!) Tout est là, bordel : c’est une scène de monstre, de sorcière, de super-héros et de magie noire. Personne n’a envie de voir des films comme les Batman de Nolan, ils sont à chier, du cinéma « adulte » au sens autoritaire et dominant du terme. Les films de Burton ne confisquent rien, ils sont à l’écoute de tout et de tout le monde. Voir Batman : le Défi  à 11 ans et en sortir rapiécé, guérit de tout ; cousu, décousu, recousu, comme tout ses personnages. La force du cinéma de Burton est une force réparatrice, celle de la réinvention de soi, des douleurs sublimées et de l’existence faite art.

 

Les femmes n’ont jamais eu de rôles très heureux chez Burton. Elles ont même tendance à partir en petits morceaux, littéralement, quand elles ne se décomposent pas vivantes. Un motif récurant que l’on retrouve une fois de plus dans Dark Shadows, sous une forme parfaitement sublime. Misogyne, le cinéma de Burton? Pas totalement, voir pas du tout en fait. On a d'un coté une mécanique de film d'horreur, plus psychologique qu'organique, qui privilégie le corps féminin comme défouloir émotionnel (ce qu'on retrouve parfaitement chez le cinéastre d'horreur Lars Von Trier), de l'autre une façon de les immortaliser, de les monter en puissance: le dernier plan de Batman Returns est dédié à Catwoman. C'est son film. Le cinéma de Burton est riche de personnages féminins drôles, intelligents, cyniques, et sa capacité à reprogrammer les codes de la masculinité n'est plus à démontrer (Johnny Depp, quoi).

 

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Dark Shadows est trop long, plutôt chiant et pas super drôle. Pourtant, et sans qu’on s’y attende, les 10 dernières minutes vous foutent par terre, vous attrapent et vous fument : on croit le film fini et voilà qu’on le redécouvre intégralement comme une variation camp sur le thème de Sweeney Todd. Passé une heure à serrer les fesses entre des blagues vues 15 000 fois (« un sarrasin dans une chariote du diable » ) et un rythme à coté de la plaque, on est vite séduit par cette fausse comédie déchargeant sa bizarrerie par à-coups (le perso de Bonham Carter, inoubliable). Âmes errantes, alcooliques, mélancoliques, les forces tragiques du film ne cessent d’enfler avant de nous péter à la gueule.

 

 

 

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On sait Depp féru de comédie franchouillarde (la Soupe aux Choux faisant irruption dans Charlie et la Chocolaterie) et Burton n’a jamais caché ses influences européennes. C’est dit tel quel par Barnabas quand il pénètre dans son manoir : un parfait alliage des styles Vieux Continent et Nouveau monde. Si Dark Shadows évoque parfois le Ozon de Sitcom, c’est Potiche qui semble convoqué ici : rapports de classe, conflits entre vieilles et nouvelles valeurs, reconstitution campy des 70’s façon France Gall VS les Carpenters. Mais ces thèmes y sont traités de façon très différentes.

 

 - Spoilers -

La sorcière, d’abord : il y a d’une part la misogynie (très Ozon dans le style) avec laquelle le personnage est croqué (la bitch en cabriolet, vénale, machiavélique: à peu de choses près, Cruella), et de l’autre, sa présence filmique sidérante ; on ne voit qu’elle, du début à la fin. Quant au vampire, il incarne des valeurs réacs et périmées mais aussi une nouvelle forme de marginalité, du genre alien. Les victoriens pro-life seraient-ils les nouveaux weirdos de Burton? La solution est ailleurs, précisément dans le final. Du soap grinçant, on bascule en plein dark opéra 100% premier degrés où chaque personnage trouve sa forme ultime. Des icones classiques, légendaires ou fééeriques, rassemblées dans la possibilité d'une famille plus forte. La promesse d'une revanche en note finale finit de nous foutre en l'air de joie. UNE SUITE PUTAIN!!

 

 

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Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 20:31

 

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Il y a plusieurs raisons qui font qu’ Avengers a toute sa place sur un blog où l’on cause image, culture et politique. La principale, c’est bien entendu Joss Whedon, son réalisateur et scénariste.

 

Fier du plus gros démarrage de tous les temps au box office américain la semaine dernière, Whedon hantait depuis un bout de temps les frontières du système hollywoodien sans pour autant les franchir. En 1997, il est à l’origine de l’une des séries les plus bizarres, les plus drôles et les plus cultes de l’histoire de la télévision : Buffy contre les Vampires.

 

 

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Je ne vais pas réhabiliter Buffy ici. Enfin si, oui, un peu. De toute façon, il semblerait que tout le monde retourne sa veste sur cette série après lui avoir craché dessus pendant des années. En France, tout du moins, où l’on continue d’opposer les basses cultures – les produits pour fillettes et/ou ménagères – aux produits culturels d’élite, qui seuls valent la peine d’être décrits et pensés. En dépit de cette conception très franco-française et bourgeoise de la culture, Buffy est toujours autant appréciée 10 ans après la fin de son format tv (poursuivi depuis en BD). C’est aussi la série télé la plus étudiées dans les universités américaines, au point où l’on parle de Buffy Studies pour décrire cette somme d’articles et d’essais consacrés à tout ce que Buffy, en 7 saisons, 1 spin-off, plusieurs comics et 3 milliards de fanfics, à mis en forme d’intensément zarb et de profondément original sur les rapports de sexe et de génération, sur la violence exercée tant au niveau intime que politique, mais aussi sur l’amitié, les familles choisies et le bonheur d’être ensemble.

 

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C’est précisément depuis les terrains culturels les plus honnis et déconsidérés que Buffy a distillé ses trésors : la Trilogie du Samedi, les soirées télé pour jeunes filles, les programmes pour collégienNEs débiles, les soirées d’M6 que personne ne regardait à part nous. On nous laissait regarder Buffy en pouffant, parce qu’on pensait que c’était de la merde, et que les ados aiment ça, de toute façon, la merde: inoffensive. Considérée comme une bluette pouffo-goth vaguement girl power, Buffy est devenue pour ainsi dire notre secret. Première série (à ma connaissance) élaborée depuis un cahier des charges explicitement féministe, Buffy nous a élevé, au sens où nous avons grandit avec, et tout contre. C’est l’histoire d’une geekette mal dans sa peau devenue la sorcière la plus puissante de la planète. D’un lycéen maladroit devenu champion contre les forces du mal. D’un démon vengeur en quête d’humanité. D’une pompom girl superficielle, tueuse de monstres, morte et ressuscitée douze fois, dont les aventures nous ont rendu plus forts et plus grands.

 

 

Le goût des portails magiques, l’intelligence des rapports d’équipe, l’autodérision, les références pop, tout ce qui fait de Whedon un Auteur, est présent dans Avengers, à des degrés divers. Mais si on attendait quelque chose de particulier de la part du créateur de Willow et Faith, c’était surtout au sujet de Black Widow, seul personnage féminin d’une équipe tout en pectoraux.

 

 

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 Aujourd’hui, quand on parle de « parité », on pense d’abord à des quotas et à de la représentativité. Pourtant, le concept de parité suppose bien plus : on parle d’un régime de pairs, c’est à dire d’individus non seulement égaux mais spontanément solidaires les uns avec les autres (Colette Guillaumin, Le Corps Construit). La parité induit que les pairs fassent corps. Une façon d’être aux autres éminent genrée, constitutive de l’identité masculine. Hier encore j’entendais de la bouche d’une collègue qu’Aubry ne ferait pas une bonne ministre parce que trop « chipie » et que « les filles entres elles, enfin vous savez… ». Il ne viendrait à l’idée de personne de dire que Fabius est une sale pestouille, qui plus est jalouse. Le patriarcat ne s’est pas contenté de monter les femmes les unes contre les autres dans un rapport de rivalité, c’est toutes les modalités d’être-aux-autres qu’il distribue de façon asymétrique : les femmes dans des rapports d’exclusivité et/ou de disponibilité physique absolu, les hommes dans un rapport fraternel de coopération qui maximise leurs potentialités dans l’effort. Couplé au système capitaliste et militariste, on se rend bien compte que cette distribution ne profite ni aux premières ni aux seconds. Privilège d’hommes, donc, que d’être comme un seul homme, privilège maintenu et consolidé au travers de technologies sociales diverses (au hasard : le sport, le cinéma…).

 

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C'est tout le sujet d’Avengers: comment créer une entité composite à partir d’individus que tout oppose à première vue. Pour Joss Whedon, auteur des empowered women, l’enjeu genré de cette adaptation se situe dans le personnage de Black Widow, qu’il s’agit de faire exister au sein d’un crew essentiellement masculin tout en évitant d’avoir recoure à des formes narratives sexistes. En d’autres termes, il s’agit de faire de l’unique personnage féminin un pair sans pour autant la faire exister sur un mode différentialiste ou exceptionnel : ni « touche féminine » ni caution sexy, et surtout pas de rouge à lèvres bionique qui puisse recadrer le personnage dans sa féminitude. Et c’est là où l’on mesure toute la sensibilité de Whedon à ces questions. Jamais le personnage n’est inscrit à l’intérieur de rapports de séduction (comprendre : de prédation hétérosexiste) ou de tensions de genre. Pas même avec Hawkeye, à qui Whedon réserve quelques scènes de confidences étonnement sobres et puissantes. Poser ainsi le personnage est déterminant pour le faire exister en lui-même et non au travers de ce qu’il provoque chez les autres personnages.

 

 

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Que ce soit dans le regard du spectateur, dans celui des autres personnages ou dans l’intersection des deux, Black Widow n’est jamais un objet. En termes cinématographiques, cela veut dire : aucun plan « boucherie » (corps découpé/fétichisé) ni aucun dialogue exploitant l'asymétrie des rapports de sexe. Le corps de Johannson n’est jamais agencé de manière a susciter un impact érotique : il est d’abord énoncé selon la grammaire athlétique et dynamique du corps d’action, avant d’être un phénomène visuel plaisant. Black Widow, humaine sans superpouvoirs, est mise en scène à bout de force, haletante, transpirante, mais toujours au front, au top. Malin. Un autre exemple est la scène introductive du personnage: un interrogatoire bondage classique où Scarlett, en robe de soirée, règle leurs comptes à trois bad guys. La violence sexuelle est ici désamorcée par un humour iconoclaste et buffyesque en diable (« Hold on. »), la scène se concluant sur une paire de talons ramassée au sol, comme ces anglaises tenant à la main leurs stilettos à la sortie des boites de nuit;  le détachement du personnage vis à vis des codes de la féminité est ici clairement marqué.

 

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La différence sexuelle selon Whedon n’est plus un ordre qu’il faut sans cesse et à tout prix réaffirmer, célébrer, comme l'auraient fait, au hasard, Michael Bay ou Stephen Sommers, mais plutôt un voisinage (Prokhoris) ou une nuance ; pas un différentialisme, mais du différentiel (Scherer) par lequel la puissance du groupe composite des Avengers est pleinement atteinte (au terme d’un final prodigieux).

 

On redécouvre Johasson dans ce film, son visage d’abord, comme si on l’avait exhumée des trois tonnes de maquillages sous laquelle elle repose d’ordinaire, plus de gloss hyper-pneumatique, juste son visage, et enfin sa voix, cassée, qui nous rappelle les rôles de meufs blasée et ordinaire dans lesquels elle excellait.

 

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Il y aurait un paquet d’autres choses à dire sur Avengers et son auteur, à commencer par ce tour de force absolument vertigineux que représente la dernière demie heure, où tu finis debout sur ton siège, le slip sur la tête. J’ai eu beaucoup de mal à effacer cette putain d’expression de ravi de la crèche en sortant du ciné, l’impression qu’on m’avait tout donné, qu’on m'avait resservi trois fois du dessert, d'en avoir reçu plein la tronche. La scène du train dans Spiderman 2, que je croyais indépassable, est pourtant carrément explosée, amplifiée sur plus d’une demie heure. C’est l’histoire d’un des plus grands créateurs d’univers de ces dernières années, le plus humble aussi, à qui l’on confira des projets toujours plus gros, à qui l’on donnera toujours plus de liberté, sur lequel on pourra toujours compter. L’événement cinématographique de 2012.

 

 

 

Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 21:42

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La liste (provisoire) des films en compétition officielle à Cannes vient d'être dévoilée: sur 22 réalisateurs, aucune réalisaTRICE. Il y a fort à parier que ce constat, immédiatement choquant et révélateur du conservatisme absolu de cette institution, ne sera relevé par aucun média ciné français qui, à l'image de Thierry Frémaux, jouissent du luxe de s'en foutre. Littéralement: ils s'en foutent, ils ne se posent pas la question puisqu'ils n'ont pas à se la poser. L'industrie du cinéma n'échappe pas au sexisme systémique de nos société, bien au contraire: elle le célèbre à travers ses institutions et le perpétue en diffusant massivement des représentations sexistes qui consolident les normes de genre.

 

Pourtant, les auteurEs ne manquent pas. En France, on a pu observer une mise en avant inédite de jeunes auteurEs: on pourrait même parler d'un phénomène culturel. De Valérie Donzelli à Céline Sciamma, en passant par Rebecca Zlotowski (Belle Épine), Katell Quillévéré (Un Poison Violent), Sophie Letourneur (Bienvenue au Ranch) et d'autres encore. On a vu Maïwen exploser avec Polisse et Julie Delpy trouver enfin son public avec pas moins de trois films sortis en quatre ans. Même Despentes à pu trouver la thune pour faire sa comédie lesbo-punk! 

 

À l'international, dans le sillage de Campion et Coixet, des auteurEs s'envolent: Kelly Reichardt (La Dernière Piste), Andrea Arnold (Fish Tank). À Hollywood, on ne peut plus faire sans Diablo Cody, et Drew Barrymore s'est imposée avec son génial Whip It. En 2008, le Twilight de Catherine Hardwicke devient le plus gros succès d'une femme réalisatrice au box office. Des hommes lui succéderont, en dépit de la patte singulière qu'elle imposa à ce premier volet. L'Oscar remporté par Bigelow en 2009 pour Démineurs n'y aura au final rien changé, puisqu'en 2012, aucune réalisatrice ne concoure pour la statuette.

 

Malgré tout ces indices de changement, Thierry Frémaux trouve le moyen, sur vingt deux films en compétition (vingt deux!!), de n'offrir sa chance à aucune réalisatrice. L'idée que la qualité des films devrait primer sur le genre de leurs auteurs est un argumentaire sexiste classique et hypra usé, duquel transpire l'idéologie dominante, celle-la même effective depuis les tapis rouges jusqu'aux Cahiers en passant par les écoles et les facs de ciné.

 

"Au lieu d'élever le cinéma vers le monde pur des idées, on l'abaisserait vers le monde impur des rapports sociaux de sexe, auquel la création artistique devrait le soustraire, en tout cas dans la tradition culturelle française où l'art autant que la politique sont censés relever d'une universalité qui prétend transcender la différence des sexes, au profit d'une masculinité qui s'érige en norme neutre de l'humain." (Burch et Sellier, Le cinéma au prisme des rapports de sexe, 2009)


Certes, une femme réalisatrice ne réalisera pas forcément un film progressiste et féministe. En revanche, elle aura plus de chances de le faire qu'un réalisateur. Mais à vrai dire on s'en fout. Là n'est pas la question. Ces écarts ne disent qu'une chose: donner une forme cinématographique à sa réalité sociale et à ses affects est un pouvoir, et comme tout pouvoir, celui-ci est confisqué par une classe qui exploite et domine les autres.

En m'aidant du rapport du CNC sur les coûts de production cinématographique, j'ai isolé les films français réalisés par des femmes en 2011 en y ajoutant des liens vers les bandes-annonces. Sur 26, je n'en ai vu que deux: Tomboy et Angèle et Tony. Le premier est un vrai chef d'oeuvre, le second est un film à l'élégance parfaitement inhabituel. 

 

 

 http://1.bp.blogspot.com/-VineBBV5MUs/Tu3sCJZBziI/AAAAAAAACBg/2JYHxJ3HNHk/s1600/tomboy1.jpg

        Coût inférieur à 1M€

(coût de fabrication définitif après fin de tournarge. Coût moyen: 4,7M€)


En ville, Valérie Mréjen

Tomboy, Cécile Sciamma

Belleville Tokyo, Elise Girard

 --> 3 sur 19

 

 http://www.les-bons-plans.fr/images/bons_plans_paris/4231/belle-epine.jpg

 Coût compris entre 1M€ et 2,5M€

 

Pourquoi tu pleures, Katia Lewkowicz

Pieds nus sur les limaces, Fabienne Berthaud

Propriété Interdite, Hélène Angel

La Lisière, Géraldine Bajard

Contre-toi, Lola Doillon

Ma compagne de nuit, Isabelle Brocard

D'amour et d'eau fraiche, Isabelle Czajka

Belle Épine, Rebecca Zlotowski

Les Secrets, Raja Amari

Notre étrangère, Sarah Bouyain

Angèle et Tony, Alix Delaporte

 --> 11 sur 32

 

 

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Coût compris entre 2,5M€ et 4M€

 

My little princess, Eva Ionesco

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 http://bande-annonce.tuxboard.com/affiches-film/sport-de-filles-photo-7.jpg

Coût compris entre 4M€ et 5,5M€

 

Il reste du jambon, Anne Depetrini

Gigola, Laure Carpentier

No et moi, Zabou Breitman

Sans Queue ni tête, Jeanne Labrune

La Permission de Minuit, Delphine Gleize

Mon père est une femme de ménage, Saphia Azzeddine

Sport de filles, Patricia Mazuy

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Coût compris entre 5,5M€ et 7M€

 

Et soudain, tout le monde me manque, Jennifer Devoldere 

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 http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/19250/un-balcon-sur-la-mer-2010-19250-1011636245.jpg

Coût compris entre 7M€ et 15M€

 

Donnant, donnant, Isabelle Mergault

Un Balcon sur la mer, Nicole Garcia

La croisière, Pascale Pouzadoux

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Coût supérieur à 15M€

 

--> 0 sur 4

 

Total

26 films sur 135 

 


Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 13:24

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Depuis 40 ans toujours puceaux jusqu’au plus récent Funny People, les productions Apatow remportent un succès critique assez hallucinants en France. Inrocks, Cahiers et Chronicart louent un mélange efficace d’humour caca/prout/zizi et d’écriture comique hyper sensible. Sous le caca, il y a un petit cœur qui bat : le cœur d’un homme hétéro du XXIème siècle en proie à des pannes de couilles, exprimées tantôt au travers d’éjaculation précoce, tantôt par une tendresse ambiguë envers ses meilleurs potes. Loin d’en déstabiliser les fondements, les films labélisés Apatow discutent de l’hétérosexualité sans jamais la subvertir, et tracent de film en film les contours de ce qui est sentimentalement acceptable et sexuellement licite. La veine trash, comme souvent dans les comédies s’en réclamant de manière plus ou moins agressive,  sert à détourner l’attention d’une morale franchement conservatrice en plaquant des vannes vulgaires et borderline dans la bouche de leurs personnages.

Bridemaids, le plus gros succès d’Apatow à ce jour, est aussi la première de ses comédies à utiliser explicitement un prétexte de genre comme argument de vente: il s’agit de réinterpréter un répertoire comique traditionnellement masculin, la comédie grasse alcoolo-sentimentale, avec des personnages féminins.

 

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Une des rares scènes vraiment marrantes du film.

 

 

Le petit frisson transgressif qu’on nous vend ici réside dans l’abolition d’un privilège comique hautement masculin : celui de pouvoir se chier dessus. En langage Cahier du cinéma, cela donnerai : Réinvestir Le Corps-Comique Féminin De Ses Puissances Scatophiles. Ce que nous traduirons par : venez ENFIN découvrir une comédie américaine dans laquelle des filles ont la crotte au cul ! Rien ne différencie Bridesmaids de Bridget Jones, si ce n’est cet argument girl power qui nous fait croire qu’il est subversif de montrer des demoiselles d’honneur se faire caca dans la culotte.

 

Il y a bien un moment où Bridesmaids s’aventure sur un circuit amoureux totalement débalisé, celui du trio formé par Annie, Lylian et Helen. Plus proche d’un I Love You, Man que d’un Very Bad Trip, cette histoire de jalousie entre copines est la vraie histoire de Bridesmaids : potentiellement magnifique, elle est sans cesse rabattue, rampant comme un secret au pied du film. L’homosexualité latente culmine et manque tout à coup de péter dans la scène du brunch : hélas, les auteurs viennent nous rappeler dans quel territoire nous sommes en lâchant une bonne grosse vanne homophobe. Une fois l’abcès lesbien crevé, Bridemaids peut repartir sur ses petits rails étriqués et conclure son propos à la manière d’un guide de rééducation hétérosexuelle. Et soudain cette scène qu’on a vu 40 fois : la fiancée, au matin de son mariage, en proie à la panique, est incapable de sortir de son plumard. Elle flippe parce que grosso modo elle n’aura plus d’indépendance, plus de chambre à elle (c’est dit explicitement). « Oui mais c’est pour ton bien ! » lui souffle sa copine. Cut. Musique + feu d’artifice + mariage + baiser. Fin.

 

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Un personnage de grosse dégueulasse, avec un coeur gros comme ça.

 

  

Outre cette manie typiquement hollywoodienne de circonscrire le sexuellement déviant à l’intérieur d’un personnage de gros porc (ici une grosse truie), on notera également la présence du personnage récurant de flic marrant et sympa. Les auteurs auraient pu choisir n’importe qu’elle profession pour le prince charmant chargé de sauver l’héroïne de sa détresse sentimentale, mais non, ils ont choisi d’en faire un flic. Un flic gentil, maladroit et un peu bonhomme, dont le privilège d’user de la force et de la violence sur les autres sert de prétexte à quelques gags de droite. Impossible de se tromper sur le contenu éminemment conservateur de Bridesmaids, qui dans la lignée de Superbad et Forgetting Sarah Marshall, tend à vouloir consoler un régime sexuelle malade de ses prescriptions de genre exclusives et oppositionnelles.  

 

Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 13:14

 

 

Ça va être chaud pour moi de parler de Bye Bye Blondie sans évoquer d’abord King Kong Théorie, et oui, forcément,  on va déborder un peu de la critique ciné pour parler de trucs hardcore qui ont trait à la littérature et donc à la vie (lol).

 

 

King Kong Théorie fait parti de ces bouquins qui m’ont radicalement transformé et pour lesquels je voue un culte profane et déglingué. Il y a une     poignée de livres comme ça, my own private pléiade, mon top of the tops pédé,  des textes dont je ne parviendrai jamais à épuiser les ressources et qui n’auront jamais finit de me réécrire, politiquement et intimement. Une fois par mois, par semaine, à mesure que je les relis, que je les digère, que je les cite, que je les corne, c’est comme une infusion, une langue maternelle que je retrouve et qui me rend plus fort. Ce sont, entre autres, Nicolas Pages, Histoire de la Sexualité, Surveiller et Jouir, mais King Kong Théorie est ailleurs, avec sa puissance rien qu’à lui, car, pour le dire avec la voix-off du trailer de Prometheus : « c’est par lui que tout a commencé ». J’avais 20 ans : je ne lisais pas beaucoup et j’étais super énervé. C’est dans cet interstice qu’est venu se placer King Kong Théorie, tel une clé de voute, à un moment où je cherchais à mettre des mots sur des choses. C’est donc Virginie Despentes qui m’a enseigné l’urgence de lire et la nécessité de formuler mes révoltes, et qui du même coup m’a propulsé vers un nouveau pallier d’engagement – au sens de ce que tu vas investir personnellement dans la balance des pouvoirs pour la renverser. Je suis venu à la lecture par Despentes et à l’écriture par Dustan : Virginie et Guillaume, mes deux pères en littérature, poing levé + bite en l’air + amour inconditionnel. LOVE.

 

 

 

 

Je ne tiens pas à confisquer King Kong Théorie pour autant : c’est un livre culte, sans équivalent, absolument générationnel, qui a inventé son propre lectorat et qui devrait se trouver dans tous les CDI, BU et BM de France en 5 exemplaires minimum. C’est notre putain de petit livre rouge. C’est donc avec un sentiment de confiance et de curiosité que je suis allé voir Bye Bye Blondie, comme si j’allais retrouver des potes, et c’est absolument ce que le film m’a donné : des potes et des bières.

 

Je me suis marré du début à la fin, sans savoir parfois si je me marrais avec ou aux dépends du film, tant le machin ne ressemble strictement à rien de connu. J’ai pensé à The Craft, à Premiers Baisers, au Guerriers de la Nuit et beaucoup à The L Word, les scènes punk avec Soko sont tout simplement génialissimes, Béatrice Dalle est monstrueuse au sens franchement monstrueux du terme, et je dis ça avec toute ma péteuse admiration, elle est fabuleuse, charnelle, carrément cinglée. Il faut la voir pousser son caddy de clocharde à l’intérieur d’un appartement bourgeois, sa 1664 à la main et sa roulée dans le bec, puis relever la tête complètement foutue vers Béart, incapable de reprendre son souffle, les cheveux plaqués sur son crâne comme ceux de Fran Dresher quand elle fait de la moto (puisqu’on est dans les références 90’s dégueu). Bye Bye Blondie est un film qui donne l’impression de n’en avoir strictement rien à foutre de tout et surtout de cinéma, le film est fauché, pas très beau (à un travelling sur punks près) agressif au possible, enchainant les répliques improbables (« Mais de quoi tu vis ? » « D’amour, et de solidarité… Et de quelques vols aussi ! ») et les règlements de compte (la scène où Béatrice Dalle pète un fusible chez les bourges et où tu te retrouve debout sur ton fauteuil le poing en l’air !!). Il ne fait aucun doute que Bye Bye Blondie donnera à certains le sentiment de se faire abonnement cracher à la gueule pendant 1H30, et je pense tout particulièrement à ceux qui ne tolèrent pas de voir au cinéma des femmes exister indépendamment des hommes et en dehors de leur regard. En ça, le film de Despentes est une œuvre politique nouvelle qui attrape le cinéma français par le cou. Si comme moi les films d’Honoré vous plongent dans un état de sidération épouvantée au point de vous faire caquer du sang, Bye Bye Blondie a des chances de vous plaire.

 

 

 

 

Je vais pas m’attarder sur la transition lesbienne du roman vers le film, Despentes en a déjà beaucoup parlé (d’ailleurs je n’ai pas lu le livre… AH le faux fan !!). Arrivé au dernier quart d’heure, on aimerait voir la chose exploser, les actrices se mettre à baiser pour de vrai, enfourcher des bécanes, tirer à vue, canarder du bourgeois, mais ça c’est un autre film, et déjà celui-ci s’achève qu’on se met à l’aimer très fort pour ce qu’il est et non pour ce qu’il aurait du être. Il y a : Lydia Lunch, du bruit, des trucs qui pètent, des bastons, du punk, tout est là, immédiat, barjot, les fans boivent du ptit lait. Enfin, du russe blanc. Ouh non, plutôt carrément une 8,6 bien tiède. Un vrai scandale.

 

 

 

Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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