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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 13:20

 

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On attendait l’annonce de la sélection Cannoise en serrant doucement les fesses. Non pas qu’on espérait voir 4 ou 5 réalisatrices débouler comme ça dans la prestigieuse sélection (aucun espoir), mais bien par crainte de passer encore une fois pour des casse-burnes et des trouble-fête, alors même que nous adorons le cinéma – but « An’t we all » ? Lier « Cannes », « Sexisme » et « Cinéma » dans une même équation reste semble-t-il un crime de lèse-cinéphilie.

 

"Il n'y a pas de grandes auteures": et Claire Denis, c'est du poulet?


L’an passé, quand j’ai gueulé sur l’absence de femmes dans la course à la palme d’or, j’ai entendu des trucs sidérants. De la part de cinéphiles, d’étudiants et de professionnels du cinéma. On m’a dit que les femmes de pouvaient pas être de grandes réalisatrices car « trop dans l’intériorité » – rapport sans doute à leur gros utérus dégueulasse  qui se balade un peu partout dans leur corps au rythme des cycles lunaires. On m’a ensuite soutenu que c’était pour ça qu’il n’y avait pas de Kurosawa ou de Fritz Lang « au féminin ». Ce qui m’a rappelé ce texte de Colette Guillaumin : « La biologisation de la perception, dés qu’elle est associée à la perception de la différence sociale, forme le nœud de l’organisation raciste ». Et ce n’est pas trahir l’auteurE que de vous inviter à remplacer raciste par sexiste.

 

Si les « Gens de Cannes » sont incultes en quelque chose, c’est sans doutes moins en cinéma qu’en politique du cinéma. Et la politique des cultures est bien tout ce qui nous intéresse ici. Le cinéma est l’art qui, plus qu’aucun autre, permet à notre regard de se transformer et à nos perceptions de se plier sur des lignes temporelles, spatiales et politiques totalement autre. Le monde que nous percevons est informé par un ensemble de technologies sociales et culturelles qui font que nous le comprenons d’une façon globalement similaire. Notre regard sur le monde est ainsi déterminé par des structures idéologiques inégalitaires que le cinéma, par exemple, est en mesure de reproduire, de célébrer, mais aussi de pirater, de subvertir, voir de renverser.

 

Caméra / Pouvoir / Puissance

 

L’argument de la qualité des films est de ce fait un argument fragile. On nous dit : « pas de films de femmes de qualité suffisante produits cette année ». Et l’année d’avant ? Et celle d’avant ? Donner un podium international au cinéma des minorités (dont fait parti le « cinéma des femmes ») est en enjeu qui devrait nous permettre de politiser nos critères qualitatifs et nos exigences esthétiques. Si des films réalisés par des femmes n’ont pas les qualités nécessaires pour concourir, nous devons nous demander : qui détient le pouvoir de décider ce qui est de qualité ou non ? Sur quels critères s’évalue cette qualité ? Qu’est ce qu’un critère patriarcal ? Qu’est ce qu’un jugement esthétique patriarcal ? Qu’est-ce qu’un récit contre-hégémonique ? Qu’est ce qu’une mise en scène non-sexiste ?


Pourquoi les pédés sont-ils dingues des artistes femmes, en particulier dans la chanson ? Pourquoi je m’intéresse au film de femmes en tant que pédé ? Sans doutes parce qu’une femme avec une caméra je trouve ça badass, sans doutes que ça m’inspire un truc puissant. Sans doute parce qu’un regard de biais sur la société aura plus de chance de taper dans mon imaginaire. Nous sommes touTEs des sujets politiquement et socialement situéEs, et tout ce que l’on ressent à l’intérieur d’une salle de ciné – plaisir, transport, absolu – procède d’un dosage de fun, d’affect et de politique parfaitement aléatoire. Pourquoi un mec comme Lars Von Trier met-il toujours ses actrices au supplice et pourquoi ces films me parlent, me hantent et me transportent malgré mon identité anti-sexiste et gay ? Ce genre de dialogues incessants entre la culture et nos imaginaires individuels et collectifs forment le vrai nœud d’une critique réellement féministe du cinéma.

 

 

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Gramsci <3

 

Culture et domination sociale


On m’a aussi rétorqué que Cannes n’y pouvait pas grand chose à cette histoire de réalisatrice invisible, parce que le problème du sexisme dans l’industrie était en amont. Mais le cinéma et ses institutions, aussi prestigieuses soient-elles, ne précèdent ni n’échappent au sexisme structurant nos sociétés. Au contraire, elles y participent. Les institutions culturelles, qu’il s’agisse d’une bibliothèque municipale ou d’un festival de cinéma sont celles qui créent, impulsent et diffusent un « climat » culturel, une vision du monde à travers laquelle la société est transformée de manière concrète (Antonio Gramsci MOTHER FUCKERS!). Nier le rôle d’un festival comme Cannes (putain, CANNES quoi !) c’est nier le rôle de festival de cinéma Queer et LGBT à des échelles plus petites et nier leur capacité (disons même leur vocation !) à changer le monde - tel qu’il est perçu et tel qu’il est vécu.

 

Comme l’an passé, j’ai classé les films français réalisés par des femmes en 2012 selon leur budget en m’aidant du rapport CNC sur les coûts définitifs de production. Je ne ferai pas d'analyse ici, du moins pas tout de suite: à vous de faire ce que vous voulez de cette liste. Une idée serait, par exemple, de voir TOUS ces films les uns après les autres. Genre marathon. On est ici pour dénoncer une inégalité et mater des films avec ses potes. La vie.

 

 

 


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 Coût inférieur à 1M€

(coût de fabrication définitif après fin de tournarge. Coût moyen: 4,7M€)

(7 films sur 20)

 

 

 La bande des Jotas - Marjanne Satrapi (83 347)

 Nana - Valérie Massadian (244 208)

Chercher le garçon - Dorothée Sebbahq (322 183)

Les Coquillettes - Sophie Letourneur (396 239)

 Le Voile Brulé - Vivane Candas (499 507)

 Dubaï Flamingo - Delphine Kreuter (536 129)

 Le Jour de la Grenouille - Béatrice Pollet (781 403)

 

 

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 Coût compris entre 1M€ et 2,5M€ 

(7 films sur 30)

 

Paradis Perdu - Eve Deboise (1 456 711) 

Le Paradis des Bêtes - Estelle Larivaz (1 621 177)

La Guerre est Déclarée - Valérie Donzelli (1 736 603)

La Brindille - Emmanuelle Millet (1 881 244)

Le Secret de l'Enfant Fourmi - Christine François (2 234 855)

Arrete de Pleurer Penelope - Corinne Puget (2 268 975)

Memories Corner - Audrey Fouché (2 333 257)

 

 

http://otukenim.com/Film/17-kiz-17-filles.jpg

Coût compris entre 2,5M€ et 4M€

(8 films sur 32)

 

La Folie Almayer - Chantal Ackerman (2 550 890)

Le fils de l'autre - Lorraine Levy (2 701 269)

17 Filles - Muriel Coulin (2 849 540)

Qui a envie d'être aimé? - Anne Giafferi (3 025 434)

Trois fois vingt ans - Julie Gavras (3 176 893)

Je me suis fait tout petit - Cecilia Rouaud (3 360 993)

Les adoptés - Mélanie Laurent (3 839 827)

Un amour de jeunesse  Mia Hansen-Løve (3 921 754)

 

 

 http://www.univ-nantes.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?CODE_FICHIER=1360934272997&ID_FICHE=193383

 

Coût compris entre 4M€ et 5,5M€

 (8 films sur 19)

 

Le Skylab - Julie Delpy (4 174 394)

Du vent dans mes mollets - Carine Tardieu (4 175 901)

Et maintenant on va où? - Nadine Labaki (4 374 336)

Un baiser papillon - Karine Silla (4 392 731)

Paris-Manhattan - Sophie Lellouche (4 420 133)

La clés des champs Claude NuridsanyMarie Pérennou

Cornouaille - Anne Le Ny (5 334 350)

 Polisse - Maïwen (5 455 281)

 

 http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2010/12/Toi-moi-les-autres-film-affiche-poster-01-736x1000.jpg

  Coût compris entre 5,5M€ et 7M€

(5 films sur 22)

 

Mince alors! - Charlotte de Turckheim (5 586 549)

Ma Première Fois - Marie-Castille Mention-Schaar (5 586 549)

Camille Redouble- Noémie Lvovsky (5 823 497)

Toi, moi, les autres - Audrey Estrougo (6 258 626)

La Vie d'une autre - Sylvie Testud (6 337 983)

 

 

http://a407.idata.over-blog.com/0/57/34/84/2012-1/bowling_600-1.jpg

Coût compris entre 7M€ et 15M€

(4 films sur 35)

 

Maman - Alexandra Leclère (7 031 660)

Plan de Table - Christelle Raynal (9 184 757)

Bowling Marie-Castille Mention-Schaar (9 543 682)

Mon Pire Cauchemar - Anne Fontaine (9 920 860)  

 

Coût supérieur à 15M€

(0 sur 8)

 

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THE END

 

Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Jeudi 7 mars 2013 4 07 /03 /Mars /2013 16:24

 

Lesbiennes et films d’horreur forment un tandem maudit dont l’origine se perd dans la nuit des temps ; ces âges odieux où l’on vénérait encore succubes babyloniennes et autres déesses gouines cannibales. Le lesbiannisme hante le genre horrifique avec plus ou moins de chair et plus ou moins d’homophobie, mais toujours avec un sens poussé du glam et de l’érotisme. Citons Gloria Holden dans la Fille de Dracula, Delphine Seyrig dans les Lèvres Rouges, Deneuve et Sarandon dans les Prédateurs, et Cécile De France dans ce film où un mec utilise une tête coupée comme fleshlight. Si les lesbiennes sont aussi nombreuses dans les films d’horreur, c’est sans doutes parce qu'elles sont des monstres, parce qu’on ne les voit jamais et qu’on ne sait pas à quoi elles ressemblent. Elles sont donc des vampires, des reines de la nuit, des sorcières et des tueuses psychopathes. A l’image de l’homosexualité masculine, le lesbianisme constituent un réservoir illimité de formes oppressives et de frissons faciles pour les auteurs de fictions hétéropatriarcales, quand ce n’est pas le genre horrifique lui même qui se retrouve piraté de l’intérieur par des auteurs-trices conscient-e-s du potentiel subversif et empowering de telles histoires. Pédé-garou et lesbo-ghoules, bien qu’ils procèdent d’une analogie ancienne entre vies queer et Forces du Mal, sont aussi capables de nous inspirer de la force, à nous spectateurs tordus, en tant que figures anti-héroïques désirables, marginales mais oh combien puissantes.

 

 

 

2012 nous a offert deux personnages lesbiens inoubliables : Pam dans True Blood et Lana Winters dans American Horror Story : Asylum. Si les fictions télé horrifiques ont donné aux gouines un éclairage nouveau et puissant, cela n’a pas été pas le cas du cinéma d’horreur, comme en témoignent ces trois reviews parfaitement superficielles.

 

 

 

 

The Moth Diaries

 

L’histoire

Un pensionnat de jeune fille est le théâtre de phénomènes lesbiens paranormaux. Une collégienne frigide et obsessionnelle mène l’enquête, tandis que sa meilleure amie tombe entre les griffes d’une vampire pro-ana d’un mètre quatre-vingt dix.

 

 

L’avis pédé

La première demie-heure du film est incroyable. On nage dans une ambiance pop’n’roll très Disney Channel, avec ce petit parfum gothique et dangereux annonçant une catastrophe lesbienne imminente. C’est un peu Sex Intention avec le coté mignon d’un Mean Girls, transposé dans un décor bien connu du cinéma de genre : l’école pour jeunes filles en uniformes. Tandis que le mystère s’épaissit, les tartes à la crèmes du genre nous pleuvent sur la gueule : délires mystico-menstruels, bruissement d’aile de papillon et vampirisme gouiné entre étudiantes blafardes. On sentait pointer le chef d’œuvre à la The Craft, puis non : le film se pète lentement mais surement la gueule vers une fin toute petite et toute conne.

 

Les plus

La première moitié, divertissante au possible. Les actrices qui en font des caisses, avec des tronches ahurissantes et ahuries. Une histoire de jalousie plutôt sympa.

 

Les moins

Le scénario et la mise en scène qui n’éveillent aucun mystère, aucun érotisme et trop peu d’empathie pour les personnages

 

Lesbaromètre Final

Océan menstruel agité à peu agité, frisson adolescent soufflant en dessous de zéros sur l’échelle de Créatures Célestes.

 

4/10

 

 

 

The Pact

 

L’histoire

Une maison semble engloutir un à un ses occupants. La fille de l’ancienne propriétaire revient sur les lieux pour résoudre ce mystère, comptant sur l’aide d’un ancien plan-cul télépathe et héroïnomane, incarnée par un second rôle culte de Freaky Friday.

 

 

L’avis pédé

Qu’entend-t-on généralement par crypto-lesbien ? Quand on veut nous faire comprendre qu’un personnage est lesbien en utilisant de codes culturels secrets que seuls les lesbiennes peuvent rodave. C’est assez rigolo dans le cas de The Pact. D’abord, l’héroïne apparaît pour la première fois au volant d’une moto. OULALA. Puis quelque chose d’inhabituel dans la présentation du personnage nous séduit, quelque chose d’agressif et de très sexuelle, de solitaire aussi (ah, l’étrangeté d’une femme sans hommes dans une fiction américaine !). Les indices se font de plus en plus nombreux et insistants, jusqu’à ce qu’on nous crache enfin le morceau ("Are you here to fuck with her ??"). Joie. The Pact est un bon premier film, avec une final girl fièvreuse et quelques idées de mise en scène rigolotes. C’est divertissant et un peu chiant aussi, toujours un pied dans le ridicule donc forcément attachant.

 

Les plus

L’héroïne et son passé tout dark et tout chelou.  Une volonté de brancher des genres très différents entre eux avec l’espoir que ça pète: slasher, exorcism, haunting house…

 

Les moins

La momie poilue de Casper Van Dien.  Le navet qui darde à tout moment.

 

Lesbaromètre Final

On n'est clairement pas dans Slumber Party Massacre, mais les clins d'oeil lesbiens sont plutôt cute.

 

5/10

 

 

 

 

Jack and Diane

 

L’histoire

Deux personnages de filles lunaires et décalées se tournent autour de la bugne dans les rues de New-York tandis que des poils leur poussent à l’intérieur du corps pour figurer leur désir.

 

 

L’avis pédé

Cauchemar filmique absolu et véritable attrape-lesbienne fourré à la mort-au-rat, Jack and Diane est un gloubiboulgouine d’outre-espace, probablement ramassé dans les chiottes d’un cinéma de Sundance par un distributeur hétérosexuel. Attention, ceci n'est pas un film de genre, c'est un parasite qui suçote les premiers films de Gregg Araki avec un gâtisme mi-gerbant mi-triste.

 

 

Les plus

Juno Temple en pixie girl, mais seulement les cinq premières minutes.

 

Les moins

Absolument tout le reste.

 

Lesbaromètre Final

A ne conseiller à personne, pas même à sa meilleure butch.

 

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Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 23:51

Part One: Possession démoniaque au masculin

Part Two: Homo-exorcisme 

(...)

 

 

 

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  Ghostbusters (1984)

 

 

Le personnage de Louis Tully possédé par l’entité sumérienne Vinz Clorto dans SOS Fantôme est un bel exemple de possession masculine au cinéma. Poursuivi dans les rues de New York par ce qu’il identifie comme un très gros chien, Louis se retrouve pris au piège contre la vitrine d’un restaurant et s’abandonne à la bête en un hurlement. La « possession » a lieu hors-champ, nous laissant imaginer le pire. Le viol supposé du personnage tire son effet comique d’un trope culturel liant passivité masculine et virilité ridiculisée: Gare au Gorille, ou peu s’en faut. L’attention portée dans SOS Fantômes à un type de masculinité « défaite » n’est pas évidente au premier abord: elle est pourtant toute l’histoire du film. Son statut culte et ses multiples rediffusions n’auront pas vidé de sa bizarrerie l’une des apparitions les plus gender fucked up du cinéma des 80’s : celle de Gozer le Gozerien dans sa combinaison moulante tout en écume cosmique. 

 

 

 

 

Les héros d’SOS Fantômes sont des scientifiques qui semblent avoir résolu le conflit entre sciences blanches (physique, chimie, médecine) et sciences occultes (spiritisme, parapsychologie, magie noire). Dans leur laboratoire, ectoplasmes et possessions sont des phénomènes mesurables et quantifiables, énoncées en molécules, en ondes et en rayons. Dés les premières minutes du film, nous comprenons que les membres de cette équipe non-conventionnelle sont des hommes qui ont reconnu leur part occulte (=féminine) mais qui aspire à la domestiquer (« 1, 2,…Attrapons-la !! »). Pataud, binoclard, trouillard, ou vieillissant, les Ghostbusters sont tout sauf des archétypes masculins glorieux. Face à une Apocalypse pointant le bout de son nez, les scientifiques doivent résoudre l’énigme de deux sujets possédés : Sigourney Weaver et Rick Moranis, choix de casting assez incroyable, avec d’un coté une toute jeune icône féministe échappée d’Alien et de l’autre un archétype du nerd éternellement nouille. Deux pôles de féminité et de masculinité qui cristallisent un bouleversement des rapports de sexe propre aux early 80’s. L’Apocalypse du film, c’est aussi, un peu, celle qui pèse sur la Virilité et ses privilèges. 

 

 

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Avant qu'ils ne deviennent des héros, les Ghostbusters doivent affronter Gozer, un dieu sumérien parachuté dans notre dimension sous la forme d’une drag queen bowiesque. Ni homme ni femme, Gozer « prend la forme qu’il veut ». Le deuxième volet insistera sur ce lien entre Force du Mal et identité queer. Quand le personnage de Dan Aykroyd matérialise par la pensée un souvenir d’enfance, l’attendrissant Bibendum Chamalow, c’est pour  le faire fondre à coups de rayons laser. Sortez les mouchoirs ! Bill Murray, le vrai héros du film, charlatan pathétique et faux don juan, est forcé d’admettre sa part occulte - ici sa part sentimentale - pour se transformer. A la fin, les possédés sont délivrés (drôle de scène d'accouchement depuis une carcasse de chien brûlée) et les prolos de la masculinité sont portés en triomphe comme les sauveurs de New York. Ils se seront accomplis en devenant ce qu’ils ne sont pas : des mauviettes (Louis Tully) ou des femmes (Danna Barrett), deux type de corps poreux propres à être envahis. Pas de trouble dans le genre ici, plutôt l’affirmation d’une masculinité occulte, mais pas trop.

 

 

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L'Aventure Intérieure (1987)

 


Sorti trois ans après Ghostbusters, le chef d’œuvre de Joe Dante est l’autre grand film fantastique des années 80 sur la virilité en crise forcée de se réinventer (avec Enemy Mine). Martin Short, génial à crever, y incarne un caissier de supermarché hypocondriaque et maladroit se retrouvant brutalement « possédé » par un pilote de chasse alcoolique et tête-brûlée interprété par Dennis Quaid. Ce dernier, miniaturisé à bord d’un engin submersible, est injecté par erreur dans le corps du caissier. Egaré dans ses entrailles, il décide de lui parler de l’intérieur par ondes radio. 

   

 

 

L’Aventure Intérieure est à ma connaissance la seule production de son époque à traiter l’envahissement du corps masculin avec tendresse et même une certaine joie. C’est aussi la plus intelligente, la plus riche en thématiques et la plus complexe en écriture. La possession de Jack Putter par Tuck Pendelton est une symbiose forcée racontée à la manière d'un buddy movie.

 

Le personnage de Meg Ryan nous met d’emblée sur la piste d’un film pas comme les autres. Journaliste, elle est la girlfriend du lieutenant Tuck, une femme indépendante, dynamique, intelligente, maniant les armes et les voitures de sports. Le personnage détonne grave.  

 

Autour de ce trio gravite une foule de personnages archétypaux et grotesques que les trois héros vont tour à tour devoir défaire, incarner, pulvériser voir digérer (littéralement). Dans le désordre : la Vamp, le Cow-Boy, le Terminator et le Génie Du Mal, un dandy sophistiqué entouré de caniches.

 

 

  Une des rares scènes empruntant directement au film de possession.

 

Tandis qu’il explore sa vulnérabilité et sa sentimentalité (L’Aventure Intérieure du titre) le lieutenant Tuck met sa virilité en partage et la transmet à Jack, en infusant littéralement en lui. Jusqu’à ce que le rapport d’échelle soit rétabli, et que les deux mecs se retrouvent comme des frères, égaux. Le personnage de Meg Ryan était-il requis par ce scénario de la virilité en crise ? Existe-t-elle uniquement pour hétéro-rectifier cette relation d’hyper-intimité entre deux hommes?  Il y a cette scène, clairement l’une des plus marquantes, où Tuck tombe nez à nez avec le fœtus de son futur enfant, après avoir basculé dans le corps de Lydia dans un tourbillon de salive. Si l’on est lassé de voir les personnages féminins sans cesse ramenés à leurs fonctions reproductrices, l’effet est ici saisissant, le romantisme joliment extra-terrestre, et le perso du lieutenant Tuck, ramené à une petitesse et une intimité bouleversante, trouve dans cette scène une forme de montée en grâce.

 

Son jeu permanent entre les corps, les échelles et les fonctions rend le film insaisissable et réellement original ; quant à l’espièglerie avec laquelle il égratigne les archétypes du cinéma traditionnel, c’est la marque d’un authentique pastiche (Joe Dante, grand auteur postmoderne), se jouant sans cesse des conventions masculines, en tirant des histoires, de la douceur et l’énergie d’une fête.  

 


Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 23:48

Part One: Possession démoniaque au masculin

(...)

 

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(J'ai quasi tout pompé dans ce livre merveilleux) 

 

 

Au début des années 80, une poignée de productions horrifiques plus ou moins glorieuses ont abordé frontalement la question de l’homosexualité sans tourner 1H30 autour du trou. Des productions souvent cheap dans lesquelles des personnages masculins se retrouvent la proie de puissances démoniaques tentant de faire intrusion en eux.

 

  

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 Fear No Evil (1981)

 

 

Décrit par Harry M. Benshoff comme l’une des productions « les plus inutilement homophobes de son époque »Fear No Evil est une série Z pauvrement foutue jouant sur la panique homosexuelle de manière hyper graphique voir carrément loufoque. L’histoire est celle d’un lycéen mal dans sa peau (=gay) qui se trouve être la réincarnation de Lucifer sur Terre. Fear No Evil assimile homosexualité, cannibalisme et satanisme en ne s’embarrassant d’aucune subtilité ni d’aucune empathie.

 

 

 

  « La grande majorité des films d’horreur produits sous Reagan assimile monstruosité et homosexualité de manière rétrograde. »

Harry M. Benshoff - Monsters in the closet: Homosexuality and the Horror film

 


Au terme d’un improbable final dans une église en ruine, l’adolescent possédé surgit d’un clair de lune fardé en Jeanne Mas et roule un patin maléfique à son ennemi juré pour lui faire pousser des nichons. Horrifié, le caïd hétéro se poignarde le torse et meurt. Homosexualité = Inversion des Genres = Le Diable. Le pédé/buveur-de-chien/incarnation-de-lucifer sera au final atomisé par le rayon laser d’un crucifix magique. The End. Fear No Evil est un cartoon jesus-poweraffligeant, christineboutinesque à crever, réalisé en pleine offensive de la droite conservatrice américaine (la Moral Majority, ancêtre du Tea Party) contre les mouvements gays et lesbiens. A cette époque de forte imbrication entre le genre horrifique et le discours chrétien-homophobes, les conservateurs n'hésitent pas à dramatiser la menace homosexuelle à grands coups de métaphores vampiriques. La crise du SIDA donna un shoot de confiance inespéré à cette mouvance, tandis que Le Sun et le Weekly World News titraient au même instant « Gay Vampire Catches Aids » ou encore « AIDS-Wary Vampires Pull in Their Fangs ». Le site gay Camp Bloodconsacré à la culture gore classe Fear No Evil dans le sous-genre des « jockstrap horror » : ces films où les scènes d’angoisse ont lieu dans des gymnases. C’est également le cas du film qui suit…

 

 

 

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Nightmare on Elm Street 2 : Freddy’s Revenge (1985)

 

   

Cette suite des Griffes de la Nuit est enthousiasmante à plus d’un titre. Le héros est un teenage boy fan de Kate Bush nommé Jesse interprété par un acteur tout doux : Mark Patton, dont ça sera le premier et dernier grand rôle au cinéma. Jesse trimballe sa mine de poupon craquant et maladif avec plus ou moins de stupeur, se retrouve fréquemment en slip, et échoue dans des bars gays aux termes de transes somnambuliques transpirantes à souhait. Il faut dire que Freddy lui fait vivre un enfer en faisant irruption tantôt dans sa gorge tantôt sous la peau de son ventre, qui plus est à des moments de fortes angoisses homosexuelles.

 

 

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Le moment le plus Frankie Goes To Hollywood de cette séquelle queer en diable met en scène un prof de sport dominateur torturé dans les douches d’un gymnase par une serviette de bain possédée. Kitsch et divertissant, ce Freddy 2 capte de manière très juste le conflit intérieur d’un ado pris entre son homophobie intériorisée et ses pulsions pédées naissantes. Le corps masculin possédé figure un contexte socio-polique spécifique où montent conjointement en puissance la droite conservatrice homophobe et les nouveaux modes de vie gay. Le choix de Mark Patton, déjà out au moment du tournage (d’après Englund) ainsi que les nombreux codes gays disséminés ça et là suggère une écriture intentionnellement homo. En pleine crise du « cancer gay », un critique osera un parallèle entre les sueurs nocturnes du héros et celle des malades du SIDA.

 

 

(...)

Part Three: Virilité Déglinguée

Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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Vendredi 1 février 2013 5 01 /02 /Fév /2013 13:31

 

 

Ce dossier éducatif à base de cheveux sales et d'entités interdimensionelles se veut un humble complément aux articles de Sexpress consacrés aux films d'exorcisme.           

 

 

Elle vomit des pois chiches, parle l’araméen en verlan, fait valser le mobilier, se tord le cou comme une chouette, dort à un mètre vingt au-dessus des couvertures, fait dangereusement baisser la clim, a les stigmates qui suppurent du souffre, bref: elle transpire la mauvaise hygiène de quelqu’un qui aurait une entité démoniaque babylonienne à l’intérieur du corps.

 

Elle :

 

La possession au cinéma est une affaire de femmes – précisémment: de filles. Difficile de se souvenir d’un personnage de garçon hanté par Belzebuth, quand les Carrie, Regan et autre dérivées abominables prolifèrent dans les fictions. Chemise de nuit, cheveux gras, contorsions et télékinésie à gogo : il s’agit toujours de la même silhouette féminine qui hante nos écrans depuis des décennies.

 

C’est à la fin des années 70 que Carol J. Clover situe l’âge d’or de ce sous-genre horrifique qu’elle nomme « film de l’occulte » : un corpus puissamment inquiété par les rapports de sexes. Les films de l’occulte font l’objet d’un chapitre entier de son livre Men, Woman and Chainsaws : Gender in the Modern Film, ouvrage fameux publié en 1992, devenu un incontournable de la feminist film theory.

 

 

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Féminisme et tronçonneuses : un must read pour tous les cultural fuckers. 

 

 

 

Les années 70 marquent le début d’une crise sans repos pour la masculinité blanche américaine. La montée en puissance des mouvements féministes et la visibilité grandissante des existences queer fragilisent une virilité traditionnelle jusqu’alors confortablement avachie sur ses privilèges. Le genre horrifique ayant toujours puisé des formes et des histoires dans les rapports de sexe, pas étonnant qu’il se soit inquiété de cette virilité en crise, en interrogeant ce que la masculinité se devait d’être ou ne pas être. Le genre occulte rassemble des histoires d’envoutements, d’entités surnaturelles, de prêtres et de sorciers, souvent mis en opposition à un ordre scientifique et médical devenu insuffisant. « Occulte » devant s’entendre ici au sens de dissimulé, d’un intérêt pour ce que le corps des femmes dissimule. Un genre très féminin donc, mais seulement en apparence : Clover note que c’est toujours d’hommes dont l’histoire se préoccupe au final. Qu’un film mette en scène un corps féminin de façon spectaculaire et hyper-visible comme dans l’Exorciste ne signifie pas qu’il s’y intéresse en tant que personnage, voir en tant qu’individu à part entière. L’Exorciste, comme son nom l’indique, est d’abord un film sur un homme aux prises avec un corps féminin possédé empiétant furieusement sur les frontières du genre. Les conflits intérieurs du père Karras ne sont pas le résultat de sa confrontation avec Regan/Pazuzu, mais précisément l’inverse : c’est sa masculinité en crise qui requiert la possession d’un corps féminin pour se résoudre et se redéfinir. Quand un film de l’occulte s’achève, le personnage féminin possédé revient toujours à sa situation initiale, souvent dans un état d’amnésie. Le personnage masculin est quant à lui profondément redéfini par cette expérience – à  condition qu’il y survive.

 

 

L'Exorciste: c'est l'histoire d'un mec...

 

 

 

A  l’image du slasher qui reconfigure la féminité sur des territoires traditionnellement masculins (figure de la final girl, la battante qui défait le Mal), le film de possession reconfigure la masculinité sur des territoires traditionnellement féminins. Open Up !! Let Me In !! Laisse-moi rentrer ! susurre Lucifer à l’oreille des hommes malades de leur virilité… « L’homme qui assimile son anti-sentimentalité à son déni de l’anus est précisément celui à qui le film de l’occulte s’adresse. » affirme Clover, non sans coquinerie.

 

 

 

9782070725991-1-.jpg « Nouvelles recherches sur l’influence de diverses hormones sur l’utérus masculin »

 

  

Pour Clover, le film de l’occulte renvoi à un système sexe/genre pré-freudien dans lequel la différence sexuelle féminine était pensée non pas en termes d’absence (de penis) mais de présence (intérieure). Les appareils reproducteurs mâle et femelle étaient alors perçus comme le même ensemble d’organes et de fonctions, tantôt externe, tantôt interne. Thomas Laqueur nomme « modèle unisexe » (one-sexe model)  cette façon radicalement autre qu’avaient les pré-modernes de penser et fabriquer la Différence des Sexes. Jusqu’au XVIIIème siècle, le vagin était ainsi décrit et représenté comme un pénis retourné à l’intérieur du corps façon chaussette (si vous me permettez l’expression).

 

 

Coulante, fuyante ou inondée : la possédée est un éternel chauffe-eau déglingué.

 (Witches Of Eastwick - 1987 ; Prince of Darkness - 1987).

 

 

 

Cette figure conceptuelle héritée d’Aristote informait le monde perçu d’une façon radicalement différente du notre ; mais il n’en était pas moins oppressif envers les femmes. Le corps féminin était conçu en rapport au corps masculin, comme son dérivé imparfait, sa variante « retournée », froide et malade. Dans le modèle unisexe, le sexe biologique existe toujours comme l’effet ou l’expression des conventions sociales (masculines et féminines) inscrites dans un ordre supérieure: le sexe est la conséquence du genre. Hommes et femmes existent  dans un même continuum tendu entre le chaud et le froid, le ferme et le mou, le sain et le malsain. Cette construction intellectuelle survit dans nos récits et nos représentations populaires ; tout particulièrement dans le genre fantastique et horrifique (voir l’oeuvre de Cronenberg).

 

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Cronenberg, auteur des troutrous mal placés (Videodrome – 1983)

   

 

Le genre occulte réactiverait ce système de pensée pré-moderne en s’attardant sur les indices, les signes, les stigmates, en grattant les traces de ce qui est caché, de ce qui travaille à l’intérieur du corps.

 

 

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Actif à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur.

 

 

La spécificité du film de l’occulte est de proposer un modèle unisexe inversé : c’est à partir du corps féminin que le corps masculin va être mis en forme et raconté. Un contre-pied total à la différencedessexes selon Freud, qui prend comme corps-référent le corps masculin, avec comme fiction structurante le Drame de la Castration. Dans le film de l’occulte, la psyché et la corporéité masculine sont énoncées selon une partition féminine : celle de l’intériorité, de l’enfoui, des innerspaces. Le héros masculin sort vainqueur du film dans la mesure où il accepte voir cultive son intériorité, sa capacité à être envahi, à être pris. Le film de l’occulte tend à rejeter une forme de masculinité d’ordinaire célébrée par le cinéma mainstream : c’est là sa politique ; son audace pourrait-on dire. Mais cela se fait au prix de la « monstrification » du corps féminin : il n’a jamais été question d’égalité, mais bien d’une guerre de territoires où les frontières du sexe son renégociées. Le film de l’occulte est un sous-genre où la représentation des femmes reste offensante et oppressive. Les rares exemples de possession masculine dans la fiction en disent souvent plus long sur les bouleversements d’une masculinité donnée.

 

 

 

La suite:

 

 

Part Two: Homo-exorcisme

    

 

  Part Three: Virilité Déglinguée

 

 

  Filmographie

 
Par Marguerin - Publié dans : Chantiers Visuels: politiques de l'image
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